Intra Muros
Écrit et mis en scène par Alexis Michalik
du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
21h15 1h40
THÉÂTRE DU CHÊNE NOIR
Salle : Salle Léo Ferré
Mise en scène Alexis Michalik avec Clémentine Aussourd , Janik Erima, Muriel Gaudin, Thibaut Gonzalez, Azize Kabouche, Killian Rebreyend.
Scénographie: Juliette Azzopardi - Musique: Raphaël Charpentier - Création lumière: Arnaud Jung - Régie: François Leneveu - Costumes: Marion Rebmann.
Aucune allusion au centre-ville d’Avignon, les murs en question sont ceux d’une prison, dans laquelle un intervenant, Richard, metteur en scène sur le retour, tente de dispenser son premier cours de théâtre.
Mais les deux taulards choisis sont deux prisonniers de centrale, donc condamnés à de longues peines d’emprisonnement.
Maladroitement secondé par une ancienne actrice (son ex-femme) et une assistance sociale inexpérimentée, il tente de faire imaginer un personnage à ses deux élèves : peine perdue, alors il se rabat sur leurs propres histoires, leurs propres parcours. Braquage sanglant pour Kévin, jeune chien fou, et crime passionnel pour le mutique Ange.
Je n’en dirai pas plus sur ces histoires personnelles, si ce n’est que les murs en question ne sont pas seulement ceux de la prison, mais bien ceux qu’ils ont – ou ont eu – dans leur propre vie, et dans lesquels ils se sont enfermés dans un cycle autant pitoyable que désespéré.
Au-delà, la propre et insignifiante histoire de Richard n’a que peu d’importance, elle n’est là que pour parasiter inutilement la pièce, c’est un peu dommage !
Le tout servi avec de bons comédiens, et une agréable scénographie où tous les changements se font à vue, au plateau, que ce soient sur les accessoires ou les costumes.
Pierre Platon - Vu le 7 juillet
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ET VIVRE ÉTAIT SUBLIME
Le goût par le livre de la liberté
à 20h30 au Théâtre Artéphile, « Et vivre était sublime », d’après « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen dans une mise en scène de Sébastien Lanz, chorégraphie Silvia Cimino, interprétation Justine Boulard, Juliette Journiaux et Hélène Vautrin. Relâche les 5, 12 et 19 juillet. Durée du spectacle 1h30.
Gentiane Aimery de Pâmefoudre, brillante étudiante en Hypokhâgne, aînée d’une fratrie de six enfants habitués aux grands espaces des belles demeures et aux béatitudes de la messe du dimanche, va fêter ses 19 printemps en prison, après la dissolution de son groupuscule par la police antiterroriste à la suite d’un projet d’action de hacking contre ForPeople, la banque d’affaires qui appartient au président de l’Union européenne.
Au cours d’une échauffourée avec Nono, sa codétenue, Laura, la gardienne,s’interpose et laisse échapper dans la bataille l’unique exemplaire appartenant à Gentiane de l’ouvrage d’Albert Cohen, « Belle du seigneur ».
La jeune terroriste mise en isolement, Nono, restée seule en cellule avec ce livre, entame alors une lecture fondatrice d’une liberté nouvelle. Fascinée par le vocabulaire multicolore et chatoyant des personnages du roman, et intriguée par cette curieuse quête d’absolu d’amour, Nono, la prostituée violente, se sent alors étrangement différente.
Le théâtre n’est-ce pas ce moment où l’on croit qu’on est dans la réalité alors qu’on est dupe de ses rêves, voire qu’on se dupe volontairement ?
C’est exactement le mécanisme des personnages de Cohen.
La prison alors s’envole : le tulle qui jusque là enfermait nos deux prisonnières et leur gardienne, se relève lorsqu’elles se livrent l’une à l’autre, sublimant leurs terribles réalités par les mots posés par Cohen dans un style incomparable sur les sentiments amoureux. C’est bien écrit, bien mis en scène, c’est un moment de grâce.
André Baudin.
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LA CONFITURE DE COINGS
A 16h05 au théâtre LUNA (Pierre de Lune)
LA CONFITURE DE COINGS, écrit et mis en scène par Margaux LEBRUN, interprété par Clara Navarro et Hugo SAMPERIZ.
Êtes-vous prêt à retourner le sablier ? Seriez-vous tenté de revivre une histoire d’amour à l’envers ? De remonter le fil du temps de l’histoire d’un couple, Jules et Romane, de leurs 90 ans à leurs 10 ans ?
C’est l’idée de cette pièce pleine de tendresse et de souvenirs qui nous fait partager la vie, les passions, les doutes et l’amour d’un couple singulier.
La pièce nous propose une succession de tableaux avec une cinquantaine de cartons, une table, deux chaises et… un pot de confiture. Les comédiens prennent possession du décor pour créer différents moments de leur vie, offrant une liberté infinie de création.
Ce spectacle célèbre l’amour sous toutes ses formes avec ses émois, ses passions, ses coups de folie, ses désillusions, ses peines, ses routines et ses espoirs et met en avant de façon poétique le moment du petit goûter partagé qui devient une sorte de fil conducteur tout au long de la pièce.
Un moment de douceur où chaque spectateur peut se reconnaître à travers le prisme d’une relation amoureuse.
Une création originale, poétique et drôle qui questionne l’amour et le temps.
Un joli moment que vous propose cette année la compagnie 22h22.
Maria PARIZAT
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HAMLET, # LA FIN D’UNE ENFANCE
A 13h25, Conditions des Soies, salle carrée - Durée : 1h15
HAMLET, # LA FIN D’UNE ENFANCE, d’après William Shakespeare, adaptation de Christophe Luthringer et Ned Grujic, mise en scène de Christophe Luthringer, interprété par Victor Duez.
« Hamlet, # la fin d’une enfance » est une adaptation contemporaine et immersive de Shakespeare, centrée sur le deuil et la résilience d’un jeune homme de 19 ans.
La pièce présente Hamm, un jeune homme de 19 ans qui vient de perdre son père. Sa mère a rapidement refait sa vie, ce qui provoque chez lui un profond sentiment d’injustice et de colère. Refusant de sortir de sa chambre, Hamm transforme cet espace en théâtre, mêlant réalité et fiction pour exprimer ses émotions et affronter son deuil. Nous voilà plongés dans son univers qui devient un royaume, celui d’Hamlet et où il met en scène les personnages de la tragédie, tout en utilisant ses jouets, marionnettes, figurines et objets du quotidien pour incarner ces personnages et où il intègre des musiques allant de Pink Floyd à Mozart.
Poésie, force et émotion se dégagent de cette pièce qui mêle rire et bouleversement et où la beauté du langage est mise en avant dans la foisonnante langue de Shakespeare, capable de nommer chaque émotion, chaque souffle. Le théâtre devient ici un moyen d’expression, un processus d’identification, de compréhension et de résilience.
La pièce est une véritable performance musicale et théâtrale et le comédien Victor Duez incarne tous les personnages avec une énergie et une intensité poignante.
Elle nous rappelle que nous jouons tous un rôle et que le monde est un théâtre dont nous sommes tous les acteurs. Elle nous rappelle que le théâtre est un lieu de transmission d’histoires, un lieu privilégié de l’écoute, du mouvement et de la métamorphose dont la langue peut nous permettre d’exprimer nos émotions les plus intimes. Le personnage s’exprime, souffre, se révolte, lutte contre ses propres contradictions et ses tensions intérieures qui marquent la fin de l’enfance et le passage à l’âge adulte. Le final nous cloue sur place.
Une performance bouleversante, riche et inventive à voir absolument ! Un véritable coup de cœur !
Maria PARIZAT
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AIDER A LA FOLIE
du 4 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet
12h40 1h
THÉÂTRE LA MAISON RACINE
9 rue Racine
De Caroline REMISE, Benjamin BACHELARD, Brice LANDWERLIN - équipe artistique : François ROLLIN - Mise en scène : Brice LANDWERLIN – Interprétation : Patrice Montico – Production : Benjamin BACHELARD – Texte : Brice LANDWERLIN et Caroline REMISE .
Quel est le rôle de l’aidant ? Qui sont-ils ?
Dans le cadre d‘une conférence, un psychologue enthousiaste, cherche à répondre à ces questions, accompagné d'aidants venus partager leurs expériences.
Autour de lui défilent un député plein de bonnes intentions mais vide de solutions, un directeur de casting prêt à transformer la souffrance en jeu télévisé, un psychiatre bavard et un homme devenu aidant du jour au lendemain.
À travers une galerie de personnages tour à tour drôles, cyniques, bouleversants ou grotesques, «AIDER À LA FOLIE» interroge : Peut-on aider sans s’oublier ? Peut-on aimer sans s’épuiser ? Et surtout : Qui aide les aidants ?
Un homme, seul sur la mini scène d’une mini salle, se multiplie avec talent pour jouer tous les protagonistes que nous venons d’évoquer. Défilent alors, à travers le même acteur le député d’abord, blablateur de métier dont le fond de commerce semble être : « si vous n’avez besoin de rien, venez me voir ». Le « conférencier » a beau lui crier : « Aider les aidants, c’est aider les aidés ! », ça glisse… Puis voilà le toubib, celui qui annonce la catastrophe : avec un vocabulaire pseudo-savant, ou bien rentre-dedans : « Votre femme a une tumeur cérébrale ». Démerde-toi à lui dire ça...
Je suis passé par là, avec un neurologue aussi psychologue qu’un CRS en manif de gilets jaunes. Nous venions pour faire le test Alzheimer pour ma chérie. Un véritable interrogatoire flic imposé à ma pauvre chérie par ce personnage ignoble : maigre, gueule en croc de boucher, petites lunettes rondes cerclées de fer, voix saccadée perchée dans les hauts. Je l’ai tout de suite appelé « le docteur Menguélé ». Et il nous a asséné, fier de son savoir : « Le test est positif, c’est un Alzheimer déjà bien avancé. Vous allez faire un scanner de la tête pour voir s’il y a ou non une tumeur au cerveau, puis venez me voir dans un mois, on décidera. Vous me devez tant... ». Ma chérie – une femme superbe ancien mannequin – était entrée un peu angoissée, mais sans plus, il m’a fallu la tenir pour sortir. On n’a plus vu Menguélé, mais cette séance désastreuse a marqué le début du plongeon vers l’horreur…
Puis l’acteur campe divers « aidants ». Le pire, « le gros con » comme il l’appelle, c’est celui qui se plaint sur son propre sort. Il y en a trop mais ce ne sont pas la majorité. Lorsque un tel désastre – un être aimé devenant incapable de pourvoir à ses besoins essentiels – le mari, le compagnon, la femme, la fille, la mère, bref, le proche se trouve face à lui-même. Il faut prendre une décision qui engage nuit et jour, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et qu’il faudra assumer.
Moi ça a été suite à une fuite aussi colorée qu’odorante sur le beau canapé en cuir blanc. Je suis allé avec ma chérie vers la salle de bain. Suivez la ligne jaune comme disait Coluche...Je l’ai lavée et je l’ai un peu morigénée: "Merde - c’était le cas de le dire – tu aurais pu avertir"… Elle s’est alors accroché à mon cou, les yeux pleins de larmes et m’a dit, avec une voix de petite fille en faute : « j’ai pas fait exprès... ». Puteng ! Le coup de barre sur ma tronche de gros con que j’étais. Bien sûr qu’elle n’a pas fait exprès, c’est elle qui est malheureuse, humiliée. Alors je me suis regardé dans la glace et j’ai dit au type que j’y voyais : Eh mon salaud, ces endroits qui t’ont donné tant de bonheur, ils ont aussi une fonction physiologique. Alors choisi : tu fais ou tu fais pas ! Et j’ai choisi de faire, je suis alors devenu Aidant à part entière.
L’acteur, a travers les divers personnages qu’il campe balance quelques belles vérités. Il y a plus de dix millions d’aidants bénévoles en France et avec le vieillissement de la population, ce nombre va augmenter. Combien font économiser à l’État ces aidants ? L’acteur conférencier estime le travail gratuit fourni par un aidant à 3000 euros par mois. Faites le calcul. Ce sont des milliards. Il soulève alors le problème du statut des aidants. Rien, nada, que dalle. Ni en dédommagement, ni bien sûr en trimestres retraite.
« AIDER À LA FOLIE » mêle humour absurde, témoignage intime et regard politique. Le spectacle ne cherche pas à apporter des réponses mais à rendre visible.
Car nous sommes tous un jour aidant ou aidés.
Un spectacle nécessaire, drôle et profondément humain.
Allez-y vite, vous ne le regretterez pas.
Jean Victor Joubert - Auteur de "Alzheimer, même pas peur "
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RIP
Un fantasme délirant sur le sens de la mort
à 18h50 à l’Artéphile (relâche les 5, 12 et 19 juillet),« RIP » texte de Mathilde Bourbin (Collectif Attention Fragile) mis en scène par Nathalie Bernas et Mathilde Bourbin avec comme interprètes Nathalie Bernas, Brice Borg ou Aurélien Gouas, Mathilde Bourbin, Jarmou, David B. Maison, Alice Mesnil, Pierre-Emmanuel Parlato. Durée du spectacle 1h10.
Très librement adaptée de « La Mort d’Ivan Illitch » de Léon Tolstoï, cette comédie chorale festive et irrévérencieuse sur notre rapport à la mort – et donc à la vie - nous a réconcilié avec le théâtre tel qu’on l’aime.
C’est un coup de cœur.
Le Collectif Attention Fragile aborde la question de la relation à notre condition mortelle. Á savoir nos illusions de puissance, sans oublier la spiritualité et le rituel d’une bourgeoisie décadente qui annonce déjà de grands changements…
Et cela avec beaucoup d’humour et ce détachement qui sied si bien aux saltimbanques quand ils veulent, sur les planches, rendre ces questions immortelles.
Ce tourbillon délirant sur une société conservatrice décadente est une véritable prouesse. Porté par une mise en scène remarquable qui fourmille d’inventions, c’est brillant, lumineux, divertissant et tout simplement génial !
Chapeau donc les artistes, et remercions le grand Léon de vous avoir si bien inspirés !
André Baudin.
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Silence ?
5, 6, 7, 8 juillet
Carrière de Boulbon
13150 BOULBON
Pour se rendre à la Carrière de Boulbon, 3 possibilités :
> En Navette du Festival (9€ aller-retour) départ à 20h depuis Avignon-Poste / cours du Président Kennedy
> En voiture, seul parking autorisé sur la D35 (voiture : 10€ / moto : 5€ )
> En vélo, parking gratuit
Pour des raisons de sécurité, le stationnement en bord de route est strictement interdit.
Achat auprès de la billetterie, dans la limite des places disponibles.
Ouverture du site à 20h. Dernier accès 21h30.
Navette aller-retour (9€) - Départ d'Avignon-Poste, cours du Président Kennedy, départ à 20h.
À réserver auprès de la billetterie
Avec Lucie Antunes, Canblaster, Hans Peter Diop, Lucía García Pullés, Martín Gil, Thiago Granato, Vega Voga, Carolina Passos Sousa, Sophia Seiss, Judit Waeterschoot.
Sur une piste de danse semblable à la surface d’un disque vinyle, Lucie Antunes et Mathilde Monnier proposent une expérience sensorielle et percussive autour de la notion de silence et des états de conscience modifiés.
Si je mets ce point d’interrogation, symbole de cette 80ème édition, et cher à Tiago Rodrigues et son équipe, c’est parce que, bien qu’ayant lu et relu en tous sens la « bible » distribuée aux spectateurs hier soir à la Carrière de Boulbon, je m’interroge encore sur la signification du titre « Silence » donné à leur spectacle par Lucie Antunes et Mathilde Monnier.
Non pas que ce questionnement m’ait poursuivi durant toute la soirée (débutée avec près d’une heure de retard sur l’horaire annoncé), encore moins que je m’y soit ennuyé : tout au contraire, j’y ai pris un réel plaisir, comme à la totalité des spectateurs. Dont les membres du groupe du Papotin, placés devant nous, et sur lequel je reviendrai.
Un plateau évoquant un disque vinyle, mais fixe, avec le public placé en tri-frontal, et les instruments de musique et d’effets sonores disposés au centre, sous la bienveillance des étoiles et des cigales chères à ce lieu, et le décor est planté.
Il ne va pas tarder à s’animer, avec les énergies décuplées de Lucie Antunes à la batterie, et les sept danseurs-musiciens-chanteurs de la troupe de Mathilde Monnier. En fait de silence, c’est à un énorme concert de musique électro-acoustique que nous allons assister, servi par les effets de déformation des sons opérés par Canblaster. Concert avec des temps de folle énergie, d’autres plus ralentis, et même une fugace évocation d’une boîte de nuit aux couleurs fluos.
Les danseurs, dans des mouvements du corps chers au travail de notre chorégraphe bien connue, sont passés de la naissance jusqu’à la mort évoquée, avec des aveuglements, un pas de deux, des courses folles autour du plateau, dans un tournis quasi incessant, interrompu seulement par quelques séquences où tous étaient rassemblés en son centre névralgique..
Nous avons vécu une soirée de charme et de transe (j’emprunte ces mots à une amie chère), en habitués que nous sommes devenus de ces musiques électroniques, dont la fabrication nécessite un talent reconnu, et avec le tempo donné par Lucie à la batterie. Malgré le niveau élevé du son – sans, pour moi, les bouchons d’oreille fournis par le Festival – j’ai noté que tout le monde est resté jusqu’aux saluts de fin, sous les applaudissements nourris, et terminés par un appel de Mathilde à se lever pour protester contre les coupures de financements qui mettent en danger les structures du spectacle vivant.
Ce matin , au Cloitre St-Louis, nous avons retrouvé les « journalistes » du Papotin, qui ont interrogé, avec leurs questions autant surprenantes que d’habitude, Lucie & Mathilde, maintenant indissociablement unies pour cette aventure, née tout simplement d’une rencontre entre elles il y a deux ans, au point de former quasiment un groupe sur ce spectacle, tant les talents des danseurs et des musiciens se sont interpénétrés. Et là, j’ai mieux compris, au gré des questions et des réponses, ce que signifiait le terme des « états de conscience modifiés » employé dans les propos de la bible du spectateur. Beaucoup de questions posées à Lucie, sur sa technique de batterie (comment fait-elle pour tenir une heure et demi avec cette dépense d’énergie ?), sur le fait qu’elle s’est sentie reconnue, venant d’un tout autre horizon, par Mathilde, et sur la transe collective qui tient ensemble, fusionnellement, danseurs et musiciens.
Un grand merci à Tiago Rodrigues pour cette double invitation, le spectacle et l’équipe du Papotin.
Pierre PLATON
Vus le 6 juillet à la Carrière, pour le spectacle,
et le 7 à St-Louis, pour le débat
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LE VOYAGE DE JEREMY
On n'échappe pas à son enfance
à 18h au Théâtre du Chêne noir, salle John Coltrane,« Le voyage de Jérémy », texte, mise en scène et interprétation d’Aurore Auteuil, les 6 et 13 juillet.
« Et si la personne que vous êtes aujourd’hui était celle que vous avez dû inventer pour survivre ? » C’est à cette question existentielle que la fille de Daniel Auteuil s’est attelée dans un seule-en-scène intense et virevoltant mais plein de sens au Chêne Noir là où son papa aurait pu faire ses débuts sur les planches en 1968 si un misérable accident de voiture ne l’avait pas séquestré à l’hôpital.
Aurore Auteuil incarne à elle seule deux personnages, Sahar et Jérémy. Deux identités, deux voix mais une même histoire...ou peut-être une seule et unique personne avec in fine cette question de fond qui est, sans doute, aussi la sienne : peut-on vraiment échapper à son enfance ?
Au cours de ce voyage sur scène, entre mémoire, construction de soi et quête d’amour, elle explore ces zones intimes où depuis l’enfance l’on se réinvente pour continuer d’avancer. Contrairement au concept fumeux, « à la mode », de la résilience, on ne guérit pas des blessures de l’enfance, on vit avec, plus ou moins bien dès lors que celles-ci deviennent des fictions nécessaires.
Le voyage de Jérémy d’Aurore Auteuil est un parcours de vie puissant. Il est remarquablement maîtrisé et joué par l’autrice de ce récit fort, sensible et profondément humain.
Bon sang ne saurait mentir !
André Baudin.
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ATTENDS-MOI J’ARRIVE !
Mais soyez à l’heure !
à 20 h au Théâtre du Chêne Noir les 6, 13 et 20 juillet, «Attends-moi j’arrive », un seul de scène d’Emma Bojan, écrit en collaboration avec Étienne Lautrette et mis en scène par Thibault Segouin
Autrice et interprète, Emma Bojan que vous avez peut-être déjà découverte sur France Inter, investit la salle Léo Ferré du Théâtre du Chêne Noir pour un petit événement qui fait salle pleine.
Sur scène, elle vous explique avec beaucoup d’humour pourquoi, elle est toujours en retard, vu qu’à ses yeux, aimer, pleurer et s’exprimer, ça prend du temps !
Alors elle fait avec et vous ne regretterez pas cette confession ancrée dans le réel, à la fois drôle et touchante, entremêlant l’amour du quotidien, les émotions à fleur de peau et des paroles sans filtre…
Ne soyez donc pas en retard au Chêne Noir qui s’impose à nouveau comme un lieu incontournable pour les amateurs de théâtre contemporain et de créations originales, pour découvrir ce bon moment de théâtre.
Car Emma qui joue avec un grande sincérité, ne vous attendra pas !
André Baudin.
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ANTIGONE, de Jean Anouilh
au Chêne Noir
du 4 au 25 juillet à 18h.
Antigone à plusieurs voix : la sienne
Vous connaissez certainement Antigone, cette héroïne têtue qui désobéit aux ordres de Créon, son oncle, roi de Thèbes, pour s’en aller donner une sépulture à son frère : elle se sait condamnée à mort, et elle affronte sciemment son sort !
Un sacré pari tenté par Andréa Bescond, qui a mis en scène cette pièce de Jean Anouilh, au Chêne Noir, salle John Coltrane, à 18 h.
Car c’est par la voix, le corps, la gestuelle, de son unique interprète, la comédienne et danseuse Deborah Moreau, que tout se joue. Elle est Antigone, bien sûr, mais également sa nourrice, sa sœur Ismène, son fiancé, Hémon, le roi Créon, et les deux gardes qui veillaient le corps de son frère, Polynice, exposé aux corbeaux et défendu de sépulture.
Prodigieuse interprétation, musclée, vivace, avec tout ce que la pièce recèle de colère, d’humour, de tendresse aussi. Notre comédienne est seule en scène, où n’est présent qu’un long tabouret noir, avec pour seuls effets quelques jeux d’éclairages. Seule présence, hors plateau, une voix off, dont l’accent inutilement gouailleur m’a déplu, seul bémol de ce spectacle.
Bien sûr, Antigone sera condamnée à mort (elle se suicidera, nous dit Sophocle, pour échapper à son enterrement vivante), Créon finira par abdiquer, et il ne restera plus de la lignée que la fidèle Ismène.
Antigone dit non au pouvoir royal, à tout pouvoir, mais elle dit oui à l’amour pour son frère, et surtout elle affirme haut et fort sa condition féminine : pas étonnant, quand on connait le combat d’Andréa Bescond pour cette cause, elle qui était le jour-même en tête de la manifestation contre les violences sexistes subies par les femmes, devant le Palais de Justice d’Avignon.
Rien d’étonnant non plus que la pièce se conclue par le cri « Femmes, Vie, Liberté », celui des femmes iraniennes contre la dictature masculine des mollahs !
Applaudissements nourris, public debout : ça le méritait totalement.
Vu le 5 juillet 2026 au Chêne Noir
Pierre PLATON
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LE CIRCUIT ORDINAIRE de Jean-Claude Carrière
A 13h35, au théâtre du GIRASOLE
Durée : 1h15
LE CIRCUIT ORDINAIRE, de Jean-Claude Carrière, mis en scène par Alexandre Tchobanoff, production du Théâtre De Demain, avec le soutien de Adami Déclencheur,
interprété par Yann Collette, Stéphane Bierry et Prisca Lona.
Le décor est planté : un bar, deux hommes et une énigmatique serveuse. Un commissaire de police a convoqué un « indic », un dénonciateur. Débute alors un interrogatoire qui vire rapidement à la confrontation et de la confrontation à l’affrontement et où le mieux renseigné se trouve dépassé et pris au piège par son interlocuteur.
La pièce, créée en 2002 dans un contexte politique conflictuel, traite de la manipulation et de la délation ordinaire en tant qu’acte pervers et jouissif et se veut un écho à notre actualité non moins anxiogène où les valeurs de notre démocratie ont plus que jamais besoin d’être revendiquées et défendues.
A travers cette triade de comédiens, se déroulent sous nos yeux les rouages de la manipulation et la façon sournoise dont la peur peut changer de camp, comment la suspicion et le doute s’insinuent de façon pernicieuse et renverse les situations.
Il y a « l’ordinaire » du lieu, un bar, lieu de rendez-vous classique dans les films d’espionnage, lieu public, anonyme, où circulent des individus, des regards, des informations. Il y a le « regard ordinaire » avec le personnage ambigu de la serveuse, muette, mais au regard extérieur dont on ne saurait saisir la pensée.
La pièce est ponctuée de silences qui se veulent lourds de sens et laissent au public cet espace de réflexion et d’interrogation nécessaires, nécessaires à une prise de conscience.
J’ajouterai qu’il y a aussi dans ces silences le poids des « silences ordinaires », le fait de regarder sans agir et de se soumettre. La manipulation comme la délation sont un grand chapitre de notre Humanité et cette pièce nous invite à y réfléchir sans donner une temporalité historique précise mais comme un fait qui a traversé notre temps.
La pièce fonctionne comme un thriller qui nous tient de bout en bout. Le jeu des acteurs est excellent, l’intrigue remarquable par son intelligence et sa subtilité.
Un rendez-vous à ne pas manquer !
Maria PARIZAT
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L’ÉCOLE DES FEMMES
Les chefs-d’œuvre ne vieillissent jamais
à 10h15 au Chêne Noir. Relâche les lundis 6,13 et 20 juillet. Durée du spectacle 1h30.« L’École des femmes » de Molière, mise en scène par Frédérique Lazarini, avec Cédric Colas, Sara Montpetit, Hugo Givort, Emmanuelle Galabru, Alain Cerer et Guillaume Veyre
On croyait connaître L’École des femmes, la jalousie tyrannique d’Arnolphe, l’ingénuité d’Agnès, l’ironie cruelle de l’amour qui renverse les plans les mieux établis, mais sous la direction de Frédérique Lazarini, l’œuvre de Molière devient un conte d’actualité, oscillant entre comédie mordante et réflexion sur l’emprise masculine et la liberté des femmes.
Ce texte écrit au XVIIe siècle résonne ainsi avec les débats contemporains sur la domination masculine et l’émancipation féminine. Sous les alexandrins du maître surgit une interrogation très moderne sur le pouvoir et la liberté portée par une mise en scène d’une intelligence visuelle remarquable. Sur le plateau, deux espaces dialoguent comme deux mondes antagonistes : une chambre de verre où Agnès est enfermée comme un papillon sous cloche et un dispositif de surveillance dominé par écrans et caméras depuis lequel Arnolphe observe la jeune fille.
Ce dispositif transforme ainsi la maison du XVIIe siècle en théâtre de la surveillance contemporaine, où la comédie se teinte d’une inquiétude presque dystopique. Le spectateur rit, mais son rire est traversé par un léger frisson.
Ce spectacle réussit ce que le théâtre offre de plus précieux : faire entendre un texte classique comme s’il venait d’être écrit. Les chefs-d’œuvre ne vieillissent jamais. Leur modernité ne tient tout simplement qu’à une chose : des artistes capables de les aimer et de les comprendre.
Alain Melka.
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ZADIG, de Voltaire
Un conte initiatique du philosophe des Lumières
à 14h50 au Théâtre du Chêne Noir - 1h20 - Création
Zadig, de Voltaire, adaptation, réécriture et mise en scène de Gérard Gelas, assisté de Lola Ravoux, une production Théâtre du Chêne Noir interprétée par Thomas Fitterer, Heidi Johansson, Guillaume Lanson et Liwen Liang.
Gérard Gelas est de retour. Il revient à ses fondamentaux en faisant entendre la voix de Voltaire au Chêne Noir, ce théâtre qu’il a construit lui-même à une époque où il fallait payer de sa personne.
Et ça fait du bien !
Car derrière ce conte initiatique se cache une question toujours actuelle qui n’a jamais cessé de l’interpeler: comment rester libre dans un monde traversé par le chaos ?
Le trublion du Festival 68 a pris un réel plaisir à retrouver avec Zadig la force brûlante de l’œuvre du philosophe, son ironie, sa liberté et son regard sur le pouvoir, surtout religieux, qui ne l’a jamais épargné.
Dans son adaptation, il fait dialoguer le texte de Voltaire avec une mise en scène contemporaine bien que parfois la narration du conte traîne un peu en longueur. Il n’empêche, Zadig, portée par une esthétique forte est un voyage, un parcours entre lumière et obscurité, une traversée du doute, de l’amour, de l’exil et de la connaissance, soutenue par une création sonore immersive – la marque de fabrique de Gérard Gelas, qui, rappelons-le, fut le siècle dernier, l’un des pionniers du théâtre musical.
Bref, que du bonheur avec cette adaptation où le créateur du lieu s’est employé à redonner toute sa dimension au philosophe des Lumières.
André Baudin.
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Apollinaire, Éclats d’amour : le poète face à ses fantômes
THÉÂTRE DES CORPS SAINTS
Salle : Salle 1
du 4 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet à 14h40 – durée 1h15
Asile de fraicheur dans l’habituelle canicule de l’Avignon du Festival, le Théâtre des Corps-Saints a présenté, en avant-première, une CRÉATION originale imaginée par le metteur en scène Stéphane Titeca : « Apollinaire, Éclats d’amour : le poète face à ses fantômes ».
La pièce plonge le spectateur dans les derniers instants de Guillaume Apollinaire, blessé à la tête - non pas d'amour mais par une dure ferraille tueuse - sur le front de Champagne en 1916. En attendant les secours, il se remémore ses amours : Lou, Marie, Madeleine, mais aussi le Bateau lavoir, Braque, Picasso, Max Jacob, et sa mère dont l’amour lui a si cruellement fait défaut. Dans la fièvre de l’homme blessé, les deux visages de Lou et Madeleine se confondent. Parlant à l’une et pensant à l’autre, il ne peut choisir entre corps et âme, entre passion et paix. Guillaume va traverser ses blessures physiques et amoureuses dans un espace unique où guerre et mémoire, chair, poésie, délire se mêlent. Irruption poétique au cœur de la grande guerre, cette pièce est aussi un hymne à la vie. Le spectacle explore ainsi un moment suspendu où la frontière entre réalité et hallucination s’estompe, mêlant poésie, mémoire et vertige.
Loin d’un simple assemblage de textes du célèbre poète, cette création s’appuie sur une véritable dramaturgie et offre une lecture intime et sensible de cette figure majeure de la littérature qu’est Apollinaire. Porté par l’interprétation habitée de Pierre Jouvencel, le spectacle est présenté en avant-première au Festival Off d’Avignon 2026, au Théâtre des Corps Saints, à 14h40 pendant toute la durée du Festival, avant une tournée nationale à l’automne.
Le spectacle joue sur les contrastes entre lumière et ombre, entre le réel et l’onirique, pour immerger le public dans l’univers tourmenté du poète. L’utilisation de la scénographie et des effets sonores renforce cette impression de vertige et de suspension du temps.
"Apollinaire, Éclats d’amour" est une réussite artistique qui allie profondeur textuelle, interprétation puissante et mise en scène inventive. Elle s’adresse autant aux amateurs de théâtre qu’aux passionnés de littérature, offrant une expérience immersive et émouvante sur les derniers instants d’un géant de la poésie.
Ça commence bien: cette pièce sera sans aucun doute une des découvertes de cette édition 2026.
Jean Victor JOUBERT