L’ÉCOLE DES FEMMES
Les chefs-d’œuvre ne vieillissent jamais
à 10h15 au Chêne Noir. Relâche les lundis 6,13 et 20 juillet. Durée du spectacle 1h30.« L’École des femmes » de Molière, mise en scène par Frédérique Lazarini, avec Cédric Colas, Sara Montpetit, Hugo Givort, Emmanuelle Galabru, Alain Cerer et Guillaume Veyre
On croyait connaître L’École des femmes, la jalousie tyrannique d’Arnolphe, l’ingénuité d’Agnès, l’ironie cruelle de l’amour qui renverse les plans les mieux établis, mais sous la direction de Frédérique Lazarini, l’œuvre de Molière devient un conte d’actualité, oscillant entre comédie mordante et réflexion sur l’emprise masculine et la liberté des femmes.
Ce texte écrit au XVIIe siècle résonne ainsi avec les débats contemporains sur la domination masculine et l’émancipation féminine. Sous les alexandrins du maître surgit une interrogation très moderne sur le pouvoir et la liberté portée par une mise en scène d’une intelligence visuelle remarquable. Sur le plateau, deux espaces dialoguent comme deux mondes antagonistes : une chambre de verre où Agnès est enfermée comme un papillon sous cloche et un dispositif de surveillance dominé par écrans et caméras depuis lequel Arnolphe observe la jeune fille.
Ce dispositif transforme ainsi la maison du XVIIe siècle en théâtre de la surveillance contemporaine, où la comédie se teinte d’une inquiétude presque dystopique. Le spectateur rit, mais son rire est traversé par un léger frisson.
Ce spectacle réussit ce que le théâtre offre de plus précieux : faire entendre un texte classique comme s’il venait d’être écrit. Les chefs-d’œuvre ne vieillissent jamais. Leur modernité ne tient tout simplement qu’à une chose : des artistes capables de les aimer et de les comprendre.
Alain Melka.
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ZADIG, de Voltaire
Un conte initiatique du philosophe des Lumières
à 14h50 au Théâtre du Chêne Noir - 1h20 - Création
Zadig, de Voltaire, adaptation, réécriture et mise en scène de Gérard Gelas, assisté de Lola Ravoux, une production Théâtre du Chêne Noir interprétée par Thomas Fitterer, Heidi Johansson, Guillaume Lanson et Liwen Liang.
Gérard Gelas est de retour. Il revient à ses fondamentaux en faisant entendre la voix de Voltaire au Chêne Noir, ce théâtre qu’il a construit lui-même à une époque où il fallait payer de sa personne.
Et ça fait du bien !
Car derrière ce conte initiatique se cache une question toujours actuelle qui n’a jamais cessé de l’interpeler: comment rester libre dans un monde traversé par le chaos ?
Le trublion du Festival 68 a pris un réel plaisir à retrouver avec Zadig la force brûlante de l’œuvre du philosophe, son ironie, sa liberté et son regard sur le pouvoir, surtout religieux, qui ne l’a jamais épargné.
Dans son adaptation, il fait dialoguer le texte de Voltaire avec une mise en scène contemporaine bien que parfois la narration du conte traîne un peu en longueur. Il n’empêche, Zadig, portée par une esthétique forte est un voyage, un parcours entre lumière et obscurité, une traversée du doute, de l’amour, de l’exil et de la connaissance, soutenue par une création sonore immersive – la marque de fabrique de Gérard Gelas, qui, rappelons-le, fut le siècle dernier, l’un des pionniers du théâtre musical.
Bref, que du bonheur avec cette adaptation où le créateur du lieu s’est employé à redonner toute sa dimension au philosophe des Lumières.
André Baudin.
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Apollinaire, Éclats d’amour : le poète face à ses fantômes
THÉÂTRE DES CORPS SAINTS
Salle : Salle 1
du 4 au 25 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet à 14h40 – durée 1h15
Asile de fraicheur dans l’habituelle canicule de l’Avignon du Festival, le Théâtre des Corps-Saints a présenté, en avant-première, une CRÉATION originale imaginée par le metteur en scène Stéphane Titeca : « Apollinaire, Éclats d’amour : le poète face à ses fantômes ».
La pièce plonge le spectateur dans les derniers instants de Guillaume Apollinaire, blessé à la tête - non pas d'amour mais dure ferraille tueuse - sur le front de Champagne en 1916. En attendant les secours, il se remémore ses amours : Lou, Marie, Madeleine, mais aussi le Bateau lavoir, Braque, Picasso, Max Jacob, et sa mère dont l’amour lui a si cruellement fait défaut. Dans la fièvre de l’homme blessé, les deux visages de Lou et Madeleine se confondent. Parlant à l’une et pensant à l’autre, il ne peut choisir entre corps et âme, entre passion et paix. Guillaume va traverser ses blessures physiques et amoureuses dans un espace unique où guerre et mémoire, chair, poésie, délire se mêlent. Irruption poétique au cœur de la grande guerre, cette pièce est aussi un hymne à la vie. Le spectacle explore ainsi un moment suspendu où la frontière entre réalité et hallucination s’estompe, mêlant poésie, mémoire et vertige.
Loin d’un simple assemblage de textes du célèbre poète, cette création s’appuie sur une véritable dramaturgie et offre une lecture intime et sensible de cette figure majeure de la littérature qu’est Apollinaire. Porté par l’interprétation habitée de Pierre Jouvencel, le spectacle est présenté en avant-première au Festival Off d’Avignon 2026, au Théâtre des Corps Saints, à 14h40 pendant toute la durée du Festival, avant une tournée nationale à l’automne.
Le spectacle joue sur les contrastes entre lumière et ombre, entre le réel et l’onirique, pour immerger le public dans l’univers tourmenté du poète. L’utilisation de la scénographie et des effets sonores renforce cette impression de vertige et de suspension du temps.
"Apollinaire, Éclats d’amour" est une réussite artistique qui allie profondeur textuelle, interprétation puissante et mise en scène inventive. Elle s’adresse autant aux amateurs de théâtre qu’aux passionnés de littérature, offrant une expérience immersive et émouvante sur les derniers instants d’un géant de la poésie.
Ça commence bien: cette pièce sera sans aucun doute une des découvertes de cette édition 2026.
Jean Victor JOUBERT