FESTIVAVIGNON
a vu pour vous
FESTIVAVIGNON
a vu pour vous
Et un petit dernier pour la route,
vu le 26 juillet !
En attendant Godot
De Samuel Beckett
Théâtre des Halles
Mise en scène de Jacques Osinski
S’attaquer à ce chef-d’œuvre de Samuel Beckett, l’un de nos deux prix Nobel de littérature vauclusiens, mérite quelques références. Écrite en 1948, il est évident qu’elle fait de sérieux rappels au séjour forcé de son auteur à Roussillon, pour fuir la répression nazi qui à Paris le menaçait.
Présentée comme la première pièce du « Théâtre de l’Absurde », elle n’en demeure pas moins, à mon sens, emplie de références à cette période de l’Occupation.
D’ailleurs, le metteur en scène a opéré une petite substitution dans le texte, en raccourcissant la phrase originale de Beckett « Pourtant, nous avons été ensemble dans le Vaucluse, j’en mettrais ma main au feu. Nous avons fait les vendanges, tiens, chez un nommé Bonnelly à Roussillon », les Bonnelly étant le nom de la famille qui l’a caché comme simple ouvrier agricole, et dans le village on ne connaissait ce grand irlandais taiseux que sous le surnom de « l’Anglais ». Ça vient du fait que Beckett avait publié plusieurs versions de sa pièce, et que Jacques Osinski, a utilisé une autre version que celle où j’avais lu – et retenu – cette phrase en question
Quand arrive Bozzo, tenant en laisse Lucky (quel nom pour un esclave maltraité !), il dit bien qu’il est propriétaire de ces lieux, et qu’il y fait ce qu’il veut : tout juste un os pour Estragon, et encore. Quant à Lucky, sa péroraison plus que confuse est un défi moqueur à tous les chantres bêlants de la Libération et des années qui ont suivi.
L’arbre ressemble, en plus grand que réalité, à un cep de vigne, et rien d’étonnant à ce qu’il se couvre de feuilles à l’Acte II : c’est le printemps.
Mais je ne me souvenais plus que Bozzo et Lucky revenaient à ce moment-là, plus que misérables physiquement, l’un prétendument aveugle, l’autre muet : les puissants déjà affaiblis… ?
Le dispositif scénique, outre l’arbre et un caillou, comporte en fond de plateau un grand écran blanc, qui sert par deux fois à faire apparaître le garçon annonçant que Godot ne viendra pas ce soir, mais peut-être demain. On est loin du jeune Fabrice Lucchini dans la Cour d’Honneur en 1978, mais c’est judicieux.
Quant à Godot, qui est pour moi l’espoir de l’espérance – ou vice-versa – Samuel Beckett le dira mieux que moi : « Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. [...] Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible. »
Dire que nous étions portés par des comédiens aux talents à la hauteur de la pièce. Savoureux dialogues entre Jacques Bonnaffé, Vladimir, toujours au secours de ce pauvre Estragon, porté par un Denis Lavant au mieux de sa forme.
Quant à Aurélien Recoing il campe un Bozzo faussement majestueux, dont on sent déjà la déchéance à venir. Et Jean-François Lapalus traîne sa vie et ses pauvres mots.
Une distribution et un jeu d’acteurs qui nous tiennent en alerte durant toute la pièce : et pourtant, Godot n’est toujours pas venu…
Pierre Platon
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Léon : illusion ou coïncidence ?
du 5 au 26 juillet 13h30 1h15
LE PARIS Salle 2
Dans ce spectacle de magie, nous retrouvons Léon adulte mais aussi son enfant intérieur, son lui de 8 ans. Léon mène son spectacle à la baguette et nous en met plein les yeux. Son univers est varié, entre numéro de téléphone, cartes, mentalisme et humour, notre magicien nous mène peu à peu dans le monde de la magie.
Tout commence avec le Léon de 8 ans qui nous explique les raisons de sa passion, puis notre magicien arrive sur scène sous un tonnerre d’applaudissements. Les tours s’enchaînent, le public participe et même ceux qui ne sont pas présents sont conviés au spectacle. La magie qui opère au fur et à mesure des tours fascine le public et nous tient en haleine. Petits comme grands sont invités sur scène et font partie du spectacle. Léon, en plus de repousser les limites de la fantaisie, nous fait part d’un humour qu’il maîtrise à la perfection. Même lorsque l’on croit qu’il y a eu un raté, il nous montre que ce n’est qu’illusion et que tout est maîtrisé dans les moindres détails.
Si vous vous attendez à voir de grands tours de magie, vous serez régalés puisque Léon est top 1 des magiciens du Festival d’Avignon et compte bien le rester ! Puisque le Festival s’arrête bientôt, Léon nous invite à regarder ses tours lors de prochaines représentations, un peu partout en France, que vous pourrez retrouver sur ses réseaux. Alors, entre illusion et coïncidence, êtes-vous prêt à admirer les tours de notre magicien ?
Morgane GLEDHILL
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La Distance
De Tiago Rodrigues
A L’autre Scène, à Vedène
Vu le 25 juillet
C’est une tradition que je me suis imposée depuis quelques années : aller voir un spectacle le jour de la clôture du Festival. Oui, mais, cette année, je m’’étais trompé et j’avais coché sur mon agenda au 25 juillet la fin du Festival : j’ai donc commandé nos places sur un jour d’avant… peu importe !
La distance, ce n’est ni celle entre Avignon et Vedène, ni celle entre Mars et la Terre, mais celle entre un père et sa fille : au-delà même de l’incompréhension entre générations. J’imagine qu’elle doit être du même ordre si une fille – ou un garçon – coupe toutes relations pour aller vivre dans une communauté recluse, mais, dans cette pièce, Tiago y apporte un élément tragique, celui de la non-réversibilité.
En 2077, on est à la fois sur une pièce de science-fiction et sur une dystopie : la Terre vient de vivre son quatrième effondrement, et certains viennent de coloniser Mars pour y recréer un monde nouveau, voulu plus juste ( ?)
C’est dans ce piège que viennent de tomber un père, docteur, et sa fille, partie sur Mars.
Les premiers mots du père sont de longs sanglots sur l’interrogation « pourquoi ? » : pourquoi a fait-elle cet exil sans me prévenir ? (18 mois de voyage, tout de même), dans quel but si ce n’est de fuir la Terre au lieu d’y rester pour lutter contre le réchauffement climatique ? Tout se bouscule dans la tête du père : alors il rappelle à sa fille tous les bons souvenirs vécus ensemble.
Et il tente de la convaincre du retour sur Terre, encore possible jusqu’à la conjonction (passage de Mars derrière le Soleil), après quoi ce sera impossible, de même que toute communication.
Mais sa fille est bien déterminée à vivre cette nouvelle vie, et augmente encore plus l’incompréhension de son père lorsqu’elle lui révèle sa volonté de procréer, sur un tirage au sort du papa.
Jusqu’au bout, son père tentera de la faire revenir, mais non : sa fille est bien déterminée à accomplir le protocole de sa mission, qui est celui d’effacer tout souvenir de sa vie antérieure terrestre.
Au contraire, hélas, les derniers échanges démontrent qu’elle commence assez rapidement à ne plus se souvenir de sa vie avec son père, totalement désespéré : qu’allait-elle faire sur une planète où l’on ne pourra même plus cultiver des tomates ?
L’astucieux plateau disposé sur une tournette – un coté Mars et son rocher rouge, de l’autre la Terre avec ses ruines d’arbres emmêlées – permet, selon la vitesse à laquelle elle tourne, de matérialiser ce temps qui passe jusqu’à la tragédie finale : lentement tant qu’on a encore du temps devant soi, et de plus en plus vite lorsque le temps s’accélère, avant d’arriver à la conjonction et à la perte irrémédiable de tout contact interplanétaire.
Quant à l’éclairage, il s’exprime tout en clair-obscur : une constante, heureuse, de la plupart des spectacles que j’ai vus dans cette édition 2025.
Le connaissais Adama Diop, toujours aussi puissant dans son jeu de scène, mais pas Alison Deschamps,qui lui apporte une réplique bienvenue.
Un très beau spectacle pour clôturer cette 79ème édition du Festival !
Pierre PLATON
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HUMANISTES
Les grands discours de Mirabeau à Badinter
théâtre les 3S, 4 rue Buffon, du 5 au 26 juillet à 17h10 les jours IMPAIRS, spectacle écrit et interprété par Pierre JOUVENCEL, mis en scène par Alexandre DELIMOGES, compagnie ELEGIE.
Les 5, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 23, 25 juillet 17h10 1h15
3S - LE QUATRE - Salle 2
Après avoir vu le spectacle Victor Hugo, impossible de manquer la nouvelle création de Pierre Jouvencel « Humanistes », jouée pour la première fois sur les planches avignonnaises.
Un point de départ qui résonne encore dans nos mémoires : l 'assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020, à Conflans-Sainte-Honorine. Et face à ce crime si violent contre l'école de la République, la nécessité, l'urgence pour l'auteur d'une réflexion pour sortir de ce chaos, pour initier un sursaut républicain face à l'obscurantisme: le retour de l'humanisme, le retour à l'histoire qui a forgé notre pays, une histoire que nous semblons avoir oublié...
Le spectateur est pris à témoin et invité à cheminer à travers l'histoire de la République et des grands discours humanistes qui l'ont façonnée. Les grands personnages de l'histoire apparaissent, convoqués sur scène : Mirabeau, Olympe de Gouges, Dufay, Hugo, La Fayette, Gambetta, Clemenceau, Jaurès, Jean Zay, Mendès France, Simone Veil, Badinter, figures marquantes de la défense des valeurs de liberté, égalité, fraternité, figures du progrès de la pensée et de la justice.
Les thèmes abordés sont entre autres l'abolition de l'esclavage, le suffrage universel, les droits des femmes, l'éducation gratuite et obligatoire, la laïcité, la peine de mort, la lutte contre le colonialisme, thèmes qui résonnent fortement avec les enjeux contemporains.
Pierre Jouvencel incarne ces personnages avec force et conviction et porte avec justesse leurs propos.
Pour le spectateur, des fenêtres s'ouvrent sur l'histoire, sur trois siècles d'histoire et tissent un fil conducteur dans cette pensée humaniste qui ne peut que toucher les gens qui se retrouvent dans ces idées, face à notre société en perte de sens et de valeurs.
La mise en scène minimaliste met à l'honneur les mots. Les textes, nous dit le metteur en scène Alexandre Delimoges, sont « la démonstration même de l'utilité de s'emparer de la scène pour faire grandir l'humanité en la confrontant à l'inhumanité ».
Ce texte est un véritable plaidoyer et on ne peut que le considérer d'utilité publique. Il participe à la lutte contre le fanatisme, l'obscurantisme, le repli sur soi ou l'autoritarisme.
Spectacle à voir absolument car il ouvre à une réflexion profonde et nous pousse à nous engager sur la voie du progrès des consciences et de l'altérité comme richesse humaine.
Maria PARIZAT
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Rêves
De Volodymyr Koshovyi
Par la compagnie INSHI
Au Chêne Noir
du 5 au 26 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
19h15 1h15
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU)
Salle : Salle Léo Ferré
Sur le programme il est inscrit « spectacle de cirque » : pas d’accord, pour moi c’est plutôt un spectacle sur les rêves, comme titré, avec des numéros de cirque.
Le prologue nous le dit clairement : que sont devenus vos rêves d’enfant, dans un pays confronté à la guerre ? Cette belle troupe de jeunes circassiens va nous l’illustrer, collectivement ou individuellement, sur un plateau nu, éclairé de belle façon en clair-obscur.
A quoi rêve-t-il, ce jongleur de balles, qui volontairement en laisse tomber une, jusqu’à ce qu’il réussisse à jongler avec sept balles ?
Et que cherche-t-il à atteindre, ce cordiste, au bout de sa corde ? la liberté, certes, mais sans cesse en redescendant sur terre et en remontant.
Et dans son cerceau aérien, ce jeune artiste aurait-il peut-être atteint la lune ?
Quant au travail de cette jeune artiste avec ces cerceaux, il dépasse celui du traditionnel numéro de hula-hop, il nous entraîne véritablement sur ses rêves.
Le seul appareil du spectacle est celui de l’équilibriste, avec lui aussi de belles postures, et sur la musique du boléro de Ravel : ailleurs, j’ai cru reconnaitre du Tchaikovski.
Le clown triste retrouve un peu de joie en se libérant de son costume, et en dansant un très beau pas de deux avec une danseuse à la formation classique.
On termine avec un banquet populaire, conclu par une fragile veilleuse, et le drapeau ukrainien.
La chorégraphie du spectacle est à l’unisson des numéros individuels, toujours très fluide, la troupe liée dans tout son ensemble, en maillot blanc : la beauté ne nous quitte pas durant une heure quinze, qui passe trop vite !
Pour avoir pu, dans la cour Antonin Artaud, les voir à l’œuvre avant leur spectacle, je peux témoigner de leur sérieux : arrivés une heure trente à l’avance, ils sont déjà concentrés sur leur prestation, rien d’étonnant à ce qu’elle soit réussie !
Tous les soirs à 19 h 15 – tarif général 26 € - tarif Off 18 €
Pierre Platon
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Sherlock Holmes contre Arsène Lupin
De Jerôme Paquatte, Franck Duarte, Pierre Léandri (mise en scène)
avec Florent Chesné, Vincent Domenach, Joyce Franrenet, Jérôme Paquatte, Léo Romain
du 5 au 26 juillet - 12h10 - 1h20
3S - LE QUATRE - Salle : Salle 1
Qui de Holmes ou Lupin réalisera le coup de maître ? Pour le savoir, je vous invite à regarder cette pièce qui vous mènera aux quatre coins du monde. De nos deux bobos parisiennes à fouinard en passant par Arsène, Raoul, Jade et Sherlock, l’énigme du voleur de diamant vogue au-dessus de nos héros. Mais alors, qui du commissaire et Sherlock arrivera à mettre la main sur Lupin ? Entre amour, rivalité et surprises, nos personnages nous emportent dans cette fabuleuse enquête pleine de rebondissements.
Les personnages sont d’une vivacité impressionnante, tous plus intelligents les uns que les autres (à quelques exceptions près…), ils sauront vous prendre de court et vous emmener dans cette fabuleuse enquête tout en vous séduisant avec un parfait humour... Tous nos comédiens sont d’un jeu surprenant avec une capacité de mémorisation impressionnante. Le passage d’une scène à l’autre nous montre une grande logistique et ne dure que quelques instants afin de nous happer au plus profond. Cette aventure est aussi bien faite pour les petits que pour les grands et saura vous cerner mieux que n’importe qui.
Morgane GLEDHILL
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VICTOR HUGO
Un géant dans le siècle
Les 6, 8, 10, 12, 16, 18, 20, 22, 24, 26 juillet
17h10 1h
3S - LE QUATRE
Salle : Salle 2
VICTOR HUGO Un géant dans un siècle, théâtre des 3S, 4 rue Buffon, du 5 au 26 juillet à 17h10 les jours PAIRS, spectacle écrit et interprété par PIERRE JOUVENCEL, mis en scène par ALEXANDRE DELIMOGES, un spectacle de la compagnie ÉLÉGIE.
Comment présenter un des plus grands romancier, poète, dramaturge de la langue française ?
C'est la performance de Pierre JOUVENCEL dans une mise en scène minimaliste d'Alexandre DELIMOGES qui nous proposent à tout deux un spectacle d'une heure retraçant la vie de l'écrivain.
À la lumière d'un soir d'hiver... un écritoire debout, une bougie, quelques livres... Le voici devant nous, incarné avec force et profondeur, à la toute fin de sa vie et prenant le public à témoin:
« L'homme qui se présente devant vous est prêt à affronter le jugement de l'histoire ».
Hugo nous raconte sa vie depuis sa naissance à Besançon le 26 février 1802 jusqu'à sa mort le 22 mai 1885 à Paris. Nous voilà transportés dans son enfance lorsque naissait en lui déjà l'amour des mots et la force de caractère ou encore quand, à ses 14 ans, il déclare : « Je veux être Chateaubriand ou rien ! ».
Sur scène cette bougie, lumière, lueur, l'âme de Victor Hugo, à l'aube de sa vie. Il nous parle de son enfance en Espagne suivie dans l'ombre de son père, au retour des 19 ans d'exil où il reviendra couvert d'honneurs dans un Paris assiégé en passant par la bataille d'Hernani, la mort de sa fille Léopoldine dont il ne se remettra jamais tout à fait..., le coup d'état de « Napoléon le petit » et la fuite inévitable et déchirante à Bruxelles d'abord puis dans les îles anglo-normandes où se forgera sa légende.
On découvre ses amours, son œuvre poétique, ses romans, ses combats, ses engagements politiques et deux discours majeurs : le discours pour l'abolition de la peine de mort et le discours sur la misère. On prend conscience de la vocation humaniste et universaliste de ce génie protéiforme qui a tant marqué le dix- neuvième siècle par ses idées et son engagement.
On découvre l'homme, l'amant, le père, le grand-père au détour de poèmes tirés de ses plus grands recueils. On ressent aussi sa passion, sa rage, sa nostalgie, sa souffrance.
Ce spectacle est une incroyable performance, une parole forte, engagée où nous nous laissons portés par la richesse du vocabulaire et la beauté des rimes.
L'interprétation est époustouflante et nous tient de bout en bout jusqu'à ce que la bougie s'éteigne...
Une pépite de ce festival 2025 par sa force et son humanisme !
Maria PARIZAT
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Gahugu Gato (Petit Pays)
D’après Gaël Faye
Adapté par Dida Nibagwire et Frédéric Fisbach
Avec Frédéric Fisbach, Olivier Hakizimana, Léon Mandali, Carine Maniraguha, Philipe Mirasano,Natacha Muziramakenga, Dida Nibagwire, Norbert Regero, Michael Sengazi et Jean-Patient Akayezu (inanga, flûte et chant), Kaya Byinshii (chant), Samuel Kamanzi (guitare et chant)
Mise en scène Frédéric Fisbach et Dida Nibagwire
Avec la complicité de Gaël Faye
Traduction Emmanuel Munyarukumbunzi
Basée sur l’adaptation française de Samuel Gallet
Au Cloitre des Célestins
En kinyarwanda et français - surtitré en français et anglais
Je n’avais pas lu « Petit Pays », mais j’ai lu avec grand intérêt son « Jacaranda », qui a obtenu de Prix Renaudot 2024. Et j’y retrouve quelques personnages communs ; la tante Eusébie, la centenaire Rosalie,
les cinq enfants (Christian, Christine, Cristelle, etc) massacrés, qui forment le corpus familial de Gaël Faye.
Mais on n’est pas dans une histoire sur quatre générations, on est simplement dans celle du retour au pays du jeune Gaby.
Plateau nu, à part quelques chaises de part et d’autre, et un très bel éclairage orange qui s’accorde à merveille avec les couleurs des costumes des onze comédiens et musiciens.
Le parti-pris de jouer en kinyarwanda, à part quelques mots en français (dits par Frédéric Fisbach lui-même) n’est pas du tout gênant : il traduit bien l’atmosphère du roman de Gaël Faye.
On commence très doucement, avec une mélopée annonçant le retour de Gaby à sa mère, et à sa famille et ses amis aussi.
Puis le récit se développe, avec au début la seule gêne qui m’a un peu perturbé : celle d’avoir à faire à des comédiens non identifiés à leur rôle. Par la suite, chacun s’est inscrit comme porteur d’un personnage, c’était pour moi plus facile à suivre.
Que dire de plus ? On y vit, on y décrit ce que furent les préparatifs puis les atrocités de ce génocide de 1994, avec ses partitions, transformées en haines, entre Hutus et Tutsis, jusqu’aux massacres qui ont fait près d’un million de morts en quelques jours.
La douceur de ce spectacle – et celle du cloitre – a contribué à nous faire ressentir le climat d’apaisement, de réconciliation, pas toujours facile, qui a fini par survenir lors de ce retour au pays des Tutsis exilés.
On est bien dans ce fil rouge de la transmission qui restera la marque de ce Festival !
Pierre PLATON
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TAIRE
De Tamara Al Saadi
Avec Manon Combes, Ryan Larras, Mohammed Louridi, Éléonore Mallo, Bachar Mar-Khalifé, Fabio Meschini, Chloé Monteiro, Mayya Sanbar, Tatiana Spivakova, Ismaël Tifouche Nieto, Marie Tirmont, Clémentine Vignais
A la Fabrica
C’est la curiosité de la présentation du programme de ce Festival qui m’avait incité à cocher sur ma liste despectacles celui-ci : que pouvait-elle bien tirer de ces histoires mêlées d’Antigone et de la jeune Eden, ado placée par l’Aide Sociale et ballottée de familles d’accueil en foyers ?
Et je n’ai pas été déçu ! Remarquons que toutes les deux sont « filles de personne » : l’une née de l’inceste royal entre Œdipe et Jocaste, l’autre née de parents séparés. Toutes deux se retrouvent confrontées à l’appareil qui les broient, celui tyrannique de Créon, comme celui des structures de placements d’ados.
Décors métalliques et tout en noir, avec des praticables à terre ou en hauteur que manipulent eux-mêmes les douze comédiens. Avec un accompagnement de bruitages, de guitare électrique, de percussions, de chants traditionnels syriens.
On alterne ainsi entre les deux histoires, celle d’Eden, à qui les adultes refusent de parler, et celle
d’Antigone, qui se tait, et pour laquelle les ordres de Créon parlent pour elle.
Si celle d’Antigone apparait plus « large » sur le plateau, celle d’Eden, elle, se heurte souvent à une
muraille dressée devant elle.
A un moment, une très belle pluie de sable rouge sur Eden : celle du désert où on la confine.
Quant aux ordres de Créon, ils sont volontairement aboyés : mais Antigone ne répond pas et c’est sa sœur Ismène qui subit le courroux du roi.
La fin laisse entrevoir une lueur d’espoir pour Eden, dont les parents viennent de se réconcilier.
Elle est plus incertaine pour Antigone, dont le sort demeure divisé selon les auteurs grecs, dont les pièces se terminent sur son geste d’avoir enterré son frère Polynice : condamnée à être emmurée vivante, mais déjà pendue, selon Eschyle, ou partant sur les routes accompagner son père dans son bannissement de Thèbes, selon Euripide.
Aux saluts, Tamara Al Saadi est venue se joindre aux comédiens, et a remercié le Festival de l’avoir
accueillie. Puis une actrice a lu un message de soutien aux palestiniens.
Laissez-moi vous dire que je craignais un peu de m’assoupir, vu l’horaire particulier (13 h / 15 h 10) du spectacle : il n’en a rien été du tout, il m’a captivé de bout en bout !
Pierre PLATON
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ET SI ON S’AIMAIT ?
Le temps passe vite au « Café de la gare »
« Et si on s’aimait ? De Camille Cointe et Marie Iasci qui signe aussi la mise en scène, avec Clara Basset, Camille Cointe, Alexis Néret, Cyprien Pertzing, à 18h30 au Théâtre Pixel Avignon (relâche le 24 juillet) Durée du spectacle 1h15.
Dans une mise en scène dynamique et tourbillonnante de Marie Iasci, en parfaite osmose avec le jeu pétillant et plein d’énergie des quatre comédiens qui, du geste et de la voix, virevoltent au sein du « Café de la gare » avec une belle forme olympique, cette comédie « romantique » où l’on se marre du début à la fin sans se rendre compte que le temps passe, nous parle des premiers rendez-vous amoureux (peut-être la vôtre aussi?), ou pour être plus précis des « rencards » qui, souvent par maladresse ou inexpérience, vont presque tous foirer.
Au fil des scènes, les émotions s’enchaînent. On rit, parfois presque à pleurer, on s’attendrit…
Mais on se régale du texte et des dialogues très vivants et souvent très drôles, où se mêlent humour et tendresse...
Alors ne ratez pas ce rendez-vous dans ce bar-lounge nommé le « Café de la gare» - clin d’œil évident au mythique café-théâtre et à la troupe du Splendid...
Celui-là ne foirera pas car tous les ingrédients sont là pour passer un bon moment.
Et c’est si bon de se faire plaisir. Vive le théâtre !
André BAUDIN.
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LES GRANDES MARÉES
Un conflit de génération à marée basse
« Les grandes marées » à 10h à la Chapelle des Italiens (relâche le 22 juillet). Mise en scène Brigitte Bailleux, interprétation Allan Bertin et Guy Theunissen. Durée du spectacle 1h20.
Un père débarque chez son fils à l’improviste. Il vient juste pour causer un peu. Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Ils ont des choses à se dire mais le courant ne passe pas entre eux. Toute la nuit, ils vont se jauger, revivre des souvenirs, mais surtout se faire mal, comme deux boxeurs sur un ring jusqu’au KO final.
Nous sommes ainsi dans une conflit de génération, disons-le, un peu simpliste.
Le père jugé conformiste par sa lâcheté à ne pas réagir devant le désastre social et humanitaire qui envahit l’actualité et le fils qui, sabre au clair, veut tout changer comme un BHL à l’envers, c’est l’impasse totale.
L’intention est louable mais le propos manque un peu de dialectique et la nuit paraîtra longue pour le spectateur qui attend la marée basse pour s’extraire de ce huis-clos.
André BAUDIN
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LA VIE RÊVÉE DES PHILOSOPHES
Un voyage foldingue en philosophie
«La vie rêvée des philosophes » mis en scène et interprétée par Yves Cuisset et Emmanuel Lortet à 17h (les jours pairs) au Théâtre le Grand Pavois. Durée du spectacle 1h15
Avec ses talents mêlés d’humoriste et de philosophe, Yves Cuisset nous embarque avec son excellent compère, le désopilant comédien Emmanuel Lortet, dans un voyage foldingue à travers les vies de nos plus illustres penseurs, à une exception près, Bernard-Henri Levy.
Là, le duo comique se livre à un véritable morceau de bravoure.
Sa parodie plus vraie que nature, c’est pas peu dire, de l’inénarrable BHL, ouvrant sa chemise blanche, pour offrir son torse nu aux balles des tyrans et reçoit en retour une superbe tarte à la crème, est certes d’une drôlerie un peu convenue, pourrait-on dire tellement le personnage s’est maintes fois surpassé en nous habituant à ce genre de situation. Mais comment ne pas s’esclaffer de rire devant le ridicule consommé du vrai faux « philosophe », chouchou des médias.
Cette plongée dans la vie de nos authentiques grands penseurs est également sans concession, mais elle reste toujours drôle, poétique et surprenante. Grâce à ce duo irrésistible, les philosophes, les vrais, deviennent, comme eux, des clowns solaires sortis d’une imagination d’enfant.
Franchement, faire rire les festivaliers avec la vie des philosophes, il fallait quand même oser !
Remercions donc Yves Cuisset et Emmanuel Lortet de nous offrir cette étonnante performance.
André BAUDIN
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UNE VIE SUR MESURE
Une vie sur mesure, théâtre musical, à La Scala tous les jours , relâche le 21 juillet mais supplémentaire le 27 juillet.
A 12h05, durée 1h25 mise en scène : Stéphane Batlle, interprétation : Cédric Chapuis
Une vie sur mesure ? mais surtout EN mesure, cette mesure qui est la base de la musique.
Cédric Chapuis est un vrai, bon batteur et même plus, un comédien sublime, touchant et généreux. Le texte est vivant, imagé : La batterie est comme un coeur, pour cet enfant autiste qui ne vit que par elle et pour elle.
Sans le savoir, à chaque instant, Adrien fait de la batterie puisque tout n'est n'est que rythme : des barils de lessives aux claques de son père, des oignons hachés par sa mère aux frappements du pied
Ainsi, Adrien s'émerveille quand il reçoit enfin sa première batterie. Elle transforme sa vie moche, moquée de tous, en un univers magique. Lui, le solitaire va trouver une compagne, une amie, une passion.
Ce touchant seul en scène est aussi très drôle, bouleversant aussi, par le comique de situation et par le texte ciselé. Adrien parle comme il pense, sans tabous, sans pudeur : " Les élèves de ma classe rajeunissaient d'année en année" dit-il avec candeur.
Il ne voit rien de ce qui l'entoure et tandis que ses copains musiciens se préparent des joints, il pense participer à un atelier roulage/pliage/collage
J'ai aimé, j'ai adoré, j'ai été touchée par la fin tragique mais attendue.
La mise en scène de Stéphane Batlle est fantastique. Les éclairages, les mouvements donnent vie à Adrien. Tendresse et émotion sont exprimées avec un amour qui va droit au cœur.
Un immense bravo à Cédric Chapuis : sa prestation bluffante tient au naturel de son jeu. L'écriture est belle, le texte est subtil, tout en finesse
Au "noir" final, la salle a explosé en applaudissements
Il y a des spectacles pour lesquels on ne peut répondre que par une immense ovation
Marie-Jo LASSEIGNE
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MIREIO un rêve de Mistral
du 5 au 26 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
17h00 1h30
CHÊNE NOIR (THÉÂTRE DU)
Salle : Salle Léo Ferré
Mise en scène: Gérard Gélas
Interprétation: Léa Coulanges, Nicolas Dromard, Juliette Gharbi ,Guillaume Lanson,
François Santucci, Nathalie Savalli, Jacques Vassy
Costumes: Atelier du Costume de Maillane
"Parloun pas provençau mai aco faï pas rèn. Parloun franchimand mai pas trop pounchu !"
Eh oui, la Mireio de Frédéric Mistral, revue et adaptée par Gérard Gélas, ne fait pas chanter cette belle langue provençale, aussi suave et caressante que l’italien, aussi rude et virile que l’espagnol. Mais Gélas-l’Ancien, l’ami Gérard, s’est « dacarcasssé » pour nous donner une pièce que tout Provençal peut voir avec plaisir et fierté.
L’histoire, on la connaît, c’est le choc des classes : pas question qu’un « pauvre » vannier aime et épouse une fille de « pelot », une riche masière. Leur amour, dans la lignée d’Homère - dixit Lamartine ! – se terminera dramatiquement bien sûr par la mort de la belle héroïne, mais ni par suicide, ni par vengeance mais par...une insolation aux Saintes-Maries-de-la-mer. Il avait de l’humour Frédéric !
L’action se déroule sous les yeux et les commentaires de...Frédéric Mistral lui-même. Enfin à travers un acteur bien sûr.
Mireio est une héroïne emblématique de la poésie provençale, symbole d’amour, de tradition et de résistance culturelle, dont le destin tragique et la beauté poétique ont marqué la littérature et la culture de Provence. Sitôt cette hymne homérique éditée, le petit paysan provençal de Maillane atteint à la gloire littéraire qui le mènera au Prix Nobel de littérature. Et permit à Mistral, à travers le Félibrige, cette joyeuse bande de résistants linguistiques, de sortir du « patoi » et de fixer la langue en une graphie moderne et lisible. Mouais.. Mais qui parle encore provençal aujourd’hui ? Eh, moi et mes escoulans, c'est déja ça...
Allez-y vite avant que le Festival 2025 n’éteigne ses lampions.
Per la glori doù terraïre !
Jean Victor JOUBERT
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LE CABARET DU DOCTEUR LOVE
Un petit bijou d’humour philosophique
« Le cabaret du docteur Love » écrit, mis en scène et interprété par Yves Cusset, à 17h au Théâtre le Grand Pavois (relâche 26 juillet). Durée du spectacle 1h15.
Le docteur Love, philosophe à ses heures, s’interroge sur le fait qu’à notre époque tout le monde ne semble pas encore totalement disposé à rater sa vie amoureuse !
Alors que tout est pourtant là, à portée de main, selon lui, pour nous montrer la voie de nous détourner de la folle tentation et de l’installer durablement tout au long de notre existence.
Heureusement que Yves Cusset, transformé en docteur Love est là pour répondre à toutes les questions que lui posent des personnes atteintes par le syndrome et soucieuses d’échapper au piège de l’amour.
Avec un humour très contagieux, revigoré par la participation des spectateurs - surtout des spectatrices - qui en redemandent, il nous délivre une méthodologie en règle du « foirage » amoureux pour transformer nos échecs en œuvres d’art.
Car quitte à faire n’importe quoi, autant être armé d’un véritable savoir faire !
Ce seul en scène est jubilatoire. C’est un vrai petit bijou d’humour et d’intelligence de ce grand spécialiste du rire philosophique.
André BAUDIN
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Israël et Mohamed
Cloitre des Carmes
Dimanche 20 Juillet 2025 à 22h
Lundi 21 Juillet 2025 à 22h
Mardi 22 Juillet 2025 à 22h
Mercredi 23 Juillet 2025 à 22h
Avec Mohamed El Khatib et Israel Galván
Hommages aux pères:
A celui d’Israêl Galvan, qui n’a plus voulu revoir son fils danser depuis que celui-ci a abandonné le flamenco classique pour le style iconoclaste et tout personnel qui est le sien.
A celui de Mohamed El Khatib, qui a reproché à son fils de se lancer dans la carrière de footballeur professionnel (abandonnée depuis son accident), au lieu de se lancer dans le journalisme ou la politique.
On démarre plateau quasiment nu, éclairé a giorno, avec deux chaises marquées à leurs prénoms, et, aux deux extrémités, pour chacun deux meubles évoquant des flippers sans les tableaux verticaux ni horizontaux.
Mohamed est en tenue de footballeur, et Israël revêtu de la djellaba de jour du père de Mohamed.
Prétextant de son bégaiement, Israël demeurera muet, et c’est Mohamed qui racontera pour deux.
On commence par des vidéos de leurs pères, celui d’Israël étant le plus volubile : il dira tout le talent qui était celui de son fils, et sa déception de le voir abandonner le flamenco classique, même s’il sait le succès qu’il a eu depuis. Quant à celui de Mohamed, il est plus discret.
Mohamed revient sur son enfance où il a été élevé « à la main », et raconte quelques anecdotes à propos de son propre rapport à la religion. Il évoque, pour parler d’Israël, leur point commun, qui était leur passion pour le football, mais vite suppléé par celle de la danse.
On aura droit à un désopilant dialogue entre Israël et un perroquet vert que son père lui avait acheté pour tenter, par la répétition, de le guérir de son bégaiement : seul moment où il dit quelques mots, tirés des expressions du flamenco.
La « réconciliation » avec leurs pères prendra deux magnifiques expressions. Pour Israël ce sera la farruca avec laquelle il a remporté son dernier prix au flamenco classique, celui du concours de Tolède. Pour Mohamed, la lecture d’une émouvante lettre écrite à son père.
Pour tous les deux, aucune nostalgie, on reste dans le discours qui ne cherche jamais à « régler des comptes » avec leurs géniteurs, simplement à évoquer, publiquement sur scène, ce que furent leurs enfances respectives.
Le brio naturel de ces deux artistes est là, de façon plutôt joyeuse, pour nous faire vivre ce dialogue. Il ne fut pas sans m’évoquer un autre dialogue, sous une tout autre forme, celui que nous avaient offert Joseph Nadj et Miquel Barcelo.
Pierre PLATON
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Jeanne et Gabrielle reposent en peste
De Caroline Dubois et Claire Bidet
Mise en scène Michel Frenna - Interprétation Juliette Nuss et Caroline Dubois - Graphisme Carole Mathieu
du 16 au 26 juillet relâche le 21 juillet
18h30 1h15
THÉÂTRE ALBATROS
Un enterrement. Un enterrement de vie de garçon (EVG) ou de jeune fille (EVJF), Jeanne et Gabrielle sont parfaites pour vous. En effet, elles sauront subvenir à tous vos besoins, à condition qu’il n’y ait pas de quiproquos… Bien qu’elles essaient de sauver l’enterrement de Valentin Gauthier (EVG...), tout ne se passe pas comme prévu.
Des témoignants en boîte de nuit, une chanson d’enfer pour Valentin et Simon (vous comprendrez si vous vous y rendez), la pièce est sujette à un humour noir des plus exquis mais réussit tout de même à nous toucher au plus profond. La proximité constante avec les spectateurs est extra puisque nous sommes une part entière de la pièce.
Les deux comédiennes sont d’un excellent jeu et savent s’adapter au public mais surtout le cerner. Je m’y suis rendue accompagnée de mon ami et, disons-le franchement, ayant vu la moyenne d’âge, nous nous sommes demandé ce que nous faisions là. Cependant, nous n’avons rien regretté, avons ri à gorge déployée et participé de bon cœur.
La pièce est dynamique et même lorsque l’on pense que rien n’est contrôlé, Jeanne et Gabrielle retombent sur leurs pattes malgré les nombreuses chamailleries. « Happy End », leur entreprise, est en plein essor et, espérons-le, aura autant de succès que leur spectacle.
Morgane GLEDHILL
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FAIRE COMMUNE ?
Au rendez-vous du cabaret de l’histoire...
« Faire commune ? », mise en scène par Garance Guierre, avec Denis Ardant, Kim Aubert, Benjamin Candotti-Besson, Garance Guierre, Léonor Stirman, cinq comédiens épatants, à 13h au Théâtre de l’Arrache-Coeur. Relâche 23 juillet. Durée du spectacle 1h25.
N’hésitez pas, faites comme nous, entrez dans le plus grand cabaret de l’histoire !
Cette pièce n’est pas comme les autres.
Servie par un quintette de comédiens talentueux, elle raconte en plusieurs épisodes, avec humour et en musique, l’histoire de cent cinquante ans du mouvement ouvrier et des progrès sociaux vécus dans la ville de Malakoff en banlieue parisienne.
D’une revigorante vitalité, elle célèbre de belle façon la solidarité et l’engagement de cette population à travers toutes ces luttes depuis les massacres de la Commune.
C’est une réjouissante comédie, presque musicale, qui, loin d’être didactique, n’a rien d’un meeting politique. On est ému, on rit, on chante, on applaudit, on réagit avec les comédiens...
On est bien au théâtre.
C’est un vrai coup de cœur.
Allez-y, précipitez-vous, ce passionnant voyage inédit et musical qui résume un siècle et demi d’histoire sociale marquera de son empreinte la programmation 2025 du Festival Off.
André BAUDIN
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QUATRE MAINS
Quatre mains, réservation et RV au 11 Bd Raspail , puis, espace Mistral, au lycée du même nom, à 10h45, durée 1h35 - Mise en scène : Jean Boillot - Interprétation : Aline Le Berre et Elios Noël, comédiens/musiciens
Les musiciens sont comme les danseurs. Leurs études commencent tôt, elles demandent une discipline d'enfer, une santé à toute épreuve, sans savoir si ces heures de Conservatoire seront remises en cause ou récompensées.
"Quatre mains" c'est l'histoire d'Aline, Elios et Jean. Ce dernier est vivant par ses lettres, ses messages mais il n'est jamais là : Une "Arlésienne" à sa façon. C'est lui cependant qui sollicite et pousse ses amis du Conservatoire à jouer la "fantaisie en fa mineur" de Schubert, compositeur prolifique et méconnu. Cette requête est prétexte à l'évocation de leurs souvenirs.
Le texte est drôle, percutant et les dialogues sont vrais avec une brève mais savoureuse intervention de trois courageux volontaires pris dans le public.
L' histoire des trois amis n'est pas racontée de façon linéaire. Les retours sur leur passé respectif ou commun, enrichissent le récit et révèlent les personnages.
Les acteurs sont excellents : authentiques et justes à chaque instant, dans leur jeu, dans leur texte et bien sûr ...au piano. Un vrai régal : on s'amuse de la parodie des professeurs, des interrogations, parmi le public, qui laissent le plus souvent coi celui mis sur la sellette, comme au bon vieux temps du Conservatoire.
La mise en scène est vive, taquine. Les passages d'un lieu à l'autre, d'une année à l'autre sont limpides et les différents personnages solidement campés.
Merci pour ce merveilleux spectacle où même les néophytes vont se délecter mais mercredi, ils se comptaient sur les doigts de la main...
La musique est vivante et se donne en partage mais quel dommage que la salle soit si exigüe car le nombre de spectateurs est d'autant plus limité
En contrepartie, quelle chance et quel bonheur pour les heureux élus ! On apprend, on participe et on s'amuse.
Schubert , ce n'est pas seulement "la truite" (sic) même si elle demeure son lied le plus populaire
Marie-Jo LASSEIGNE
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LE MENTEUR DE CORNEILLE
Un chef d’œuvre de drôlerie
« Le menteur de Corneille » mis en scène par Marion Bierry avec Alexandre Bierry, Stéphane Bierry, Benjamin Boyer, Marion Lahmer, Mathilde Riey, Mathurin Voltz à 12h au Théâtre du Girasole (relâche le 22 juillet). Durée du spectacle 1h35.
Un texte jubilatoire, une langue ciselée, des comédiens brillants dans une scénographie épurée. C’est drôle, rapide, moderne avec l’introduction de quelques chansons du répertoire qui collent bien au texte.
Une vraie surprise pour celles et ceux qui croyait connaître Corneille et s’attendaient à...disons quelque chose de plus ennuyeux.
Marion Bierry nous offre, elle, une formidable menteur, un orfèvre en la matière, dans sa mise en scène, et rien n’est plus jeune et jouissif que ce chef d’œuvre de drôlerie.
Ce menteur d’exception (Dorante) - qui nous rappelle un Golden Boy de l’ère Mitterrand - a un vrai problème. Il ment tout le temps. Par élégance, par panache, par réflexe. À peine arrivé à Paris qu’il s’invente un amour, un duel, une vie. Mais à force d’enfiler les mensonges comme des perles, il s’emmêle. Et c’est son valet disant, lui, toujours la vérité, qui fera éclater le réel.
C’est du grand théâtre qui vous fera découvrir le vieux Corneille sous un autre jour. Il est finalement plus d’actualité du jamais.
André BAUDIN
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POUR UN FASCISME LUDIQUE ET SANS COMPLEXE
Cette pièce a été jouée à Avignon en une seule représentation pour les professionnels avant d’entreprendre une tournée nationale.
Dans une commune sans histoires, depuis trois semaines les ordures ne sont plus ramassées.
D’après les rumeurs, ce serait une grève…
Nous sommes, dans un premier récit, aux débuts de ce dérèglement qui va bouleverser la vie d’une communauté tranquille. Il y sera certes question de fascisme mais sans treillis militaires, ni moustache carrée. Et sans bruits de bottes ! Seul le silence des pantoufles va devenir inquiétant...
Alexandre Markoff traque ainsi dans sa pièce les ferments du totalitarisme mou dans la folie joyeuse et burlesque d’une réunion de copropriété. C’est même très amusant. On rit beaucoup de ces dialogues absurdes, ciselés avec brio, qui nous emmènent gaiement sur le chemin du burlesque.
Les huit comédiens se surpassent dans cette désopilante galerie de portraits, en jetant un éclairage effrayant sur les petits travers d’une classe moyenne engoncée dans un idéalisme bourgeois, jusqu’à l’irrémédiable chute.
C’est du grand théâtre, le ton est juste, le propos universel.
Il nous invite clairement à changer le paradigme de la politique avant qu’il ne soit trop tard.
André BAUDIN.
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LE TOIT DU MONDE
La pépite du Festival
« Le toit du monde » de François Rivière, également metteur en scène, avec Malou Gilbert et
Romain Poli à 10h à l’Espace Saint Martial (relâche le 20 juillet). Durée du spectacle 1h10.
C’est la pièce coup de cœur du Festival.
J’ai adoré cette histoire bouleversante de deux frères sous l’Occupation.
Merci François Rivière, l’auteur de cette pépite qu’il a mis lui-même en scène.
Cette pièce est épatante aussi bien dans la forme que sur le fond avec deux comédiens, Malou Gilbert et Romain Poli, au top dans leur interprétation. Ils collent parfaitement aux deux personnages de la pièce.
Nous sommes à Paris en 1945.
Henry Vernot est à la recherche de son frère, Antoine, disparu sans laisser de trace. Le seul moyen de le retrouver, c’est de mettre la main sur un tableau, ou plutôt ce qu’il y a derrière à l’intérieur…
Victime d’un passé qu’il aimerait oublier, la recherche de son frère va exhumer effectivement une vérité honteuse qu’il aurait aimé garder secrète.
Je vous invite à aller la découvrir vous-même.
Et croyez moi, vous ne le regretterez pas, tant cette pièce est sublime !
André BAUDIN
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GIONO – La Guerre – La marche du monde
Espace Pasteur, à 11 h 20
Relâche le mardi
En ce jour de 14 juillet, j’en avais un peu par-dessus la tête qu’on ait transformé notre Fête Nationale en fête des armées, alors je suis allé voir un spectacle qui parle de pacifisme : et quoi de mieux que Jean GIONO. Encore plus si c’est adapté et joué par mon ami Paul Fructus, qui avait déjà adapté et créé « Giono, Paysages, Visages ».
Pour interpréter ces textes tirés des « Ecrits Pacifistes » de Giono, une scène avec peu d’accessoires : un petit praticable, une boite à secrets, des portes-partitions sur lesquelles on accroche les textes, et un jeu de lumière très sobre.
Et puis Paul, qui simplement nous dit ce que Giono dit de la guerre, de son inutilité, de ses horreurs vécues à la bataille de Verdun, où on l’a envoyé en 1915. Ni blessé, ni décoré, il en raconte le quotidien, les horreurs des tranchées, alors qu’il avait 20 ans, et qu’il n’a pas su ne pas répondre à l’appel des généraux et des politiciens à faire la guerre.
Comme il le dit si bien : dans la bataille, le pacifiste est seul !
Paul Fructus a le soutien inconditionnel de la fille de Giono, Sylvie Durbet, qui lui a cédé gratuitement l’autorisation sur ces textes, et qui écrit, à propos de ce nouveau spectacle consacré à son père : « Ce texte, qui a plus de 90 ans, est d’une actualité qui fait réfléchir et donne le frisson. La langue est pure, rapide, actuelle. La voix, la diction parfaite de Paul Fructus, rendent hommage à cette langue ».
Un spectacle indispensable, en ces temps de guerre à nos portes.
Et le mardi, jour de relâche, Paul joue « Giono, Paysages, Visages », à 11 h au Théâtre L’isle 80, en entrée libre.
Pierre PLATON
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PUISQUE TU PARS
Un road trip qui traîne un peu en longueur
« Puisque tu pars » de Quentin Martin Laprade, mise en scène Joseph Laurent, avec Bruno Bayeux et Gaspard Martin Laprade à 21h10 à Fabrik Théâtre. Relâche le 16 juillet. Durée du spectacle 1h15.
Porté par une mise en scène minimaliste, ce road trip entre Gaspard, un adolescent misanthrope en marge de sa génération et son oncle Bruno, n’a pas toujours tenu la route en s’essoufflant au fil de ce voyage initiatique malgré l’investissement des deux comédiens tenus par un texte souvent redondant.
L’ado a décidé de fuguer pour aller voir le retour sur scène de la dernière idole qu’il lui reste, Jean-Jacques Goldman et dans son élan idéaliste, il est rejoint, malgré lui, par le tonton, un musicien raté mais attachant.
Sur la route ces deux personnages que tout oppose, vont apprendre à se connaître et à se mettre à nu en parlant rock’n’roll, un peu de philosophie et d’éthique de la vie. C’est parfois drôle, parfois émouvant mais finalement assez dérangeant de voir s’époumoner ce duo de comédiens pour arracher des rires à un public peu réceptif.
La cocasserie est un art qui demande du rythme, du quiproquo, des surprises et des changements de situations. C’est ce qui manque à ce road trip.
André BAUDIN
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24 HEURES
du 5 au 26 juillet relâche les 10, 17, 24 juillet
10h00 durée 1h
THÉÂTRE DU REMPART
Joanna KHALAF est une boule explosive de sentiments exacerbés.
Dans cette pièce inspirée de Stefan Zweig elle incarne une femme débordée par un souvenir brûlant : elle croise dans un casino un jeune homme acharné à se ruiner, tant pécuniairement que mentalement et physiquement. L’instinct maternel aidant, la jeune veuve quadragénaire décide de le suivre, prête à tout risquer pour tenter de le sauver. S’ensuit, évidemment, une nuit d’amour, qui va faire chuter dans la passion sensuelle, amoureuse, cette femme pour ce jeune inconnu obnubilé, lui, par la passion suicidaire du jeu.
Seule en scène, Joanna joue avec son corps, son visage, ses mains, sa voix. Elle se multiplie, fait du public son complice. Elle se met moralement à nu, exprime jusqu’au paroxysme, jusqu’à en devenir l’emmerderesse de Brassens, ses sentiments pour ce jeune branleur qui s’en fout…
La mise en scène de Ji Chen mêle la lumière crue et l’obscurité totale, avec des projections en direct et un dispositif visuel qui répercute sur la toile de fond rayé les expressions de l’actrice. Il jongle avec la lumière comme avec les sons.
On est enlevé, aspiré par la puissance émotive de l’actrice qui vit tellement ses émotions que des larmes réelles lui viennent. Chapeau l’artiste.
Allez-y, vous y reviendrez !
Jean Victor JOUBERT
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MI RICORDO
« Mi ricordo » (Je me souviens)
Spectacle en italien surtitré en français de la compagnie sicilienne « Barbe à Papa Teatro ! », texte et mise en scène Claudio Zappalà, interprété par Chiara Buzzone, Federica D’Amore, Roberta Giordano, à 16h10 au Théâtre de l’Atelier 44, tous les mercredis, vendredis et dimanches (durée du spectacle 1h).
Elles sont trois sur scène. Trois performeuses devant trois boîtes d’où elles en extraient des souvenirs intimes. Sur une mise en scène pleine de surprises et de trouvailles, ces trois Siciliennes vont ainsi reconstruire la mémoire collective de la génération des « millennials » où l’émigration a tenu bien sûr une large place.
C’est beau, c’est grand, c’est riche et c’est très émouvant.
On se croirait dans un film de Federico Fellini, des frères Taviani, de Bernado Bertolucci et bien d’autres grands noms du cinéma italien comme Luigi Comencini, avant qu’ils ne soient « exécutés » financièrement par le mauvais goût de Berlusconi et de ses « bimbos » !
Plus qu’une invitation à traverser leurs peurs, leurs angoisses, mais aussi leurs joies existentielles, toujours avec ce recul subtil et intelligent de la bonne comédie sociale à l’italienne, cette pièce remarquablement interprétées par trois comédiennes hors normes, tant elles sont géniales, s’interroge, non sans une belle dose d’humour, sur la différence des générations précédentes et de celles qui vont suivre, appartenant à la même communauté.
C’est du grand théâtre populaire.
À ne pas manquer.
Surtout pour ceux qui gardent toujours l’Italie au cœur.
André BAUDIN
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TOME 1
du 5 au 13 juillet relâche les 7, 12 juillet
21h15 1h10
LA SCALA PROVENCE
Du Sud-Ouest en passant par Barbès, un poulailler puis le Costa Rica, Tom nous fait voyager avec des blagues plus qu’anecdotiques. Avec lui, un simple geste, une rencontre anodine et même un « date » peut être la source d’un humour sans réserve qui peut toucher un public de tout âge. Cet humour prend d’abord racine avec sa famille, notamment sa mère, sa grand-mère et son père qui, nous le comprenons facilement, sont une inspiration sans limite pour notre humoriste. Ses amis et ses expériences passées nous montrent que Tom a une vie remplie d’aventures toutes plus drôles les unes que les autres. Derrière cet humour et ces drôleries, nous retrouvons une profonde marque d’amour et de respect envers ses proches. Bien que ces blagues visent un public ayant de l’expérience, il sait nous mettre à l’aise et interagir avec nous, et ce notamment grâce à un don particulier que vous pourrez admirer si vous allez le voir en spectacle. Ajoutons que sa notoriété prend source, sur les réseaux sociaux, dans un personnage particulièrement affectueux, « La Sardine », qui, parfois, peut prendre le dessus, à ses dépens. Jovial, heureux et communicatif, plus vous lui donnerez de l’amour et de la force, plus il vous en rendra.
Sa première partie, effectuée par l’humoriste Umut Koker, est à l’image du spectacle. Nous retrouvons un humour axé sur les anecdotes et sur les expériences passées, un enchaînement de vannes sans fin à nous faire mourir de rire, toujours dans le but de nous divertir. Ce sont deux personnes simples qui ne mettent pas de barrières entre eux et le public, ce qui nous donne l’impression de parler avec des amis. Ayant assisté à la dernière représentation de Tom, il nous a expliqué que nous pourrons le revoir en février et je vous conseille vivement d’y assister !!
Morgane GLEDHILL
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Les Hommes du Président
à la Nouvelle Étincelle : à 12h50, durée 1h20. Relâche le 16 et le 23 juillet
Improvisation, création collective. Mise en scène Elric Thomas, interprétation : Nelly Bêchétoille et Didier Landucci . Texte : Nelly Bêchétoille, Bruno Ginoux et Didier Landucci
Quel duo ! quel talent ! Ces comédiens sont capables de tout et essentiellement de nous faire rire. C'est peut-être comme ça que j'aurais dû finir mon papier
Elle est l'agent K, il est monsieur Ducci
Elle est sûre d'elle, intransigeante, autoritaire, militaire et plus encore, une vraie peste
Il est timide, gauche, embarrassé, ahuri, naïf et docile : le benêt de service
Ces 2 personnages vont mettre le feu à la salle : les spectateurs gentiment invités à monter sur scène jouent avec eux, les poussent à improviser, les interrompent, se mêlent aux dialogues. On s'esclaffe, on rit à perdre haleine : joie, tristesse, colère, amour , tous les sentiments prennent vie. Les 2 incroyables comédiens s'en donnent à coeur-joie.
Les thèmes des improvisations sont tirés au sort et adoptés. La participation du public est toujours bon enfant.. Dimanche , la palme est revenue aux 2 derniers invités sur scène qui ont su ponctuer à point, le dialogue des acteurs. Pour qui aime le comique de répétition, ce fut un régal et un vrai bonheur
Excellent spectacle, jubilatoire, on n'y prend que du plaisir
A ne pas manquer, si vous voulez voir la vie voler en éclats...de rire
Marie-Jo LASSEIGNE
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FLORIAN LEX – IMPARFAITS
FLORIAN LEX – IMPARFAITS , ONE MAN SHOW de Yohann Lavéant et Florian Lex,
au COMÉDIE Saint Roch, à 17h30 les 12, 13 et 14 juillet. Durée : 1h15 . À partir de 12 ans.
Vous l'avez peut-être vu sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram ou encore TikTok car Florian Lex cartonne sur internet avec ses vidéos qui cumulent plusieurs millions de vues !
Et il y a une raison à celà : il a une énergie absolument incroyable, il est hilarant et nous pouvons nous reconnaître dans chacun de ses personnages.
Humoriste depuis 14 ans, comme il nous l'explique, le spectacle Imparfaits est en fait son deuxième spectacle et certainement pas le dernier !
Comme tout bon français qui se respecte, Florian la ramène à tout propos, adore râler et nous montre cette « spécificité » toute française à travers des personnages hauts en couleur. Il rêve d'un monde où les dictats de la société et les embrouilles du quotidien n'existent pas. Mais il sait que cela est impossible et préfère jeter un regard amusé et le tourner en dérision à la moindre occasion.
Les imitations et les mimiques de ses personnages sont à mourir de rire, l'humour est incisif. La mise en scène est ryhtmée et la performance « sportive » !
On rit tout du long, le public est conquis !
À voir absolument ! Encore une date au festival d'Avignon le 14 juillet et pour la suite de ses spectacles, il vous faudra suivre sa tournée sur les réseaux sociaux !
Maria PARIZAT
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ÇA CARTONNE
ÇA CARTONNE, Espace Alya,
Compagnie Matic , à 13h10 salle B, durée 45 minutes, relâche les 9, 16 et 23 juillet, clown et magie, à partir de 3 ans.
Auteur : Jean-Michel BOUTEILLE, mise en scène : Cécile Lopez.
Lucien, bricoleur rêveur, se lance un défi : bâtir une maison en carton. Mais sa gaucherie
légendaire va rapidement pimenter la construction et les cartons rebelles pourraient bien
lui donner du fil à retordre.
La compagnie Matic nous propose un voyage inoubliable dans un univers magique et
poétique où se mêlent magie, mime, musique et cirque.
L'utilisation du carton brut comme source créatrice nous invite à imaginer, à créer des
univers. Il sert de décor, de cachette, d'instrument de musique et c'est cette polyvalence
qui donne à ce spectacle tout son charme.
Les enfants rient aux éclats, sont surpris, se questionnent, cherchent et Lucien devient
pour eux un drôle d'ami très sympathique et casse-cou.
Très beau spectacle pour les enfants mais aussi pour les adultes rêveurs !
Maria PARIZAT
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LA FAISEUSE D'ANGES
à l'Espace St Martial
Création 2025, de et avec Sophie Jolis, 16h15, durée 1h05
Mise en scène : Aurélien Houver, inspirée d'une histoire vraie, interprétée par Laetitia Ayrès, Sophie Jolis, Guillaume Nocturne et Julia Salaün
Musique/piano : Guillaume Ménard
Madeleine est enceinte, Henri doit partir au STO et n'a pas du tout envie de se marier
Ainsi Marie-Louise-Giraud va-t-elle commencer à aider des femmes en "situation délicate" jusqu'à ce qu'elle soit dénoncée, par son propre mari et décapitée en 1943 : pour avoir pratiqué 27 avortements
Les comédiens jouent plusieurs rôles et malgré leurs changements, sont identifiables sans aucune confusion. La magie des accessoires (la table en particulier), tours de passe-passe, intrusion prodigieuse de la musique et des chants , tout participe tantôt à alléger, tantôt à alourdir l'atmosphère de la pièce.
On aime et on déteste tour à tour cette femme. Elle aide les malheureuses qui n'ont pas les moyens ou la santé d'avoir cet enfant de plus. Mais ce n'est pas sa seule activité : Cherbourg tout entière lui tombe dessus : putain, avorteuse, tenancière de bordel.
Louise, mère de six enfants, meurt deux semaines plus tard. A cause de cette intervention ?
Au procès, la mort est réclamée et ...obtenue. Parce qu'il faut donner une leçon, un exemple à ces faiseuses d'anges qui tuent les enfants-dont-la-France-a-besoin.
Ouiii, pour les envoyer faire la guerre !
On est dans la dureté, dans la réalité du quotidien, malgré l'émotion que soulève ce problème.
En 1975, Simone Veil, avec une loi qui désormais porte son nom, mettra fin à ces pratiques clandestines.
Les acteurs sont excellents quel que soit le rôle joué, ils se glissent dans tous les personnages de façon sincère et naturelle. La justesse du ton est permanente.
Le metteur en scène a tiré le meilleur de sa troupe, sans doute par un travail de communication, d'écoute partagée et aussi par sa créativité.
Merci aussi pour les parties chantées judicieusement distillées en réplique
Marie-Jo LASSEIGNE
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La lettre
De Milo Rau
Pièce commune du Festival
Suisse – France / Création Festival d’Avignon 2025 / Production déléguée du Festival d'Avignon
Vue le 11 juillet dans la cour du château d’Aramon
On a affaire là à deux maladroits, qui veulent nous jouer un peu de théâtre.
Arne de Trermerie, grand dégingandé d’origine flamande, dont la motivation est précisément la lettre que sa grand-mère a écrite avant de disparaitre, et dont le rêve était de jouer Nina dans « La Mouette » de Tchekhov. Il se contentera de jouer Konstantin Treplev, ce dramaturge « révolutionnaire » qui rêve de conquérir l’amour de Nina.
Et de l’autre Olga Mouak, franco-camerounaise, orléanaise, qui veut jouer Jeanne d’Arc, en référence à sa grand-mère qui s’est suicidée en mettant le feu à sa maison.
Comme il leur manque quelques personnages pour jouer La Mouette, on distribue dans le public des cartons avec quelques répliques d’un docteur, d’un alcoolique, et d’un intellectuel. Mais auparavant on s’est assuré, via le recours à l’IA, que l’on était bien sur les sujets demandés (réponses style wikipédia de cet auxiliaire inutile et dangereux).
Et le spectacle commence, avec comme point d’appui la pièce de Tchekhov, mais parfois entrecoupée de l’histoire de Jeanne d’Arc, son procès, sa mort. Entrecoupée également d’un savoureux dialogue d’Olga, au téléphone, avec sa mère.
Pas question de tout vous raconter, mais sachez que Konstantin, au gré de la pièce, tue une mouette, rate bien sûr son suicide comme il rate sa pièce, et qu’Olga se donne le plus grand mal à interpréter Jeanne d’Arc en se calquant sur le personnage du film de Dreyer.
Le fil conducteur de ce spectacle, qui pourrait faussement apparaître comme décousu, est celui de l’ambigu rapport entre le comédien, l’œuvre à interpréter, et sa propre vie personnelle et sociale.
Je vous souhaite d’y prendre plaisir et d’y rire, comme hier soir dans ce beau cadre désormais familier, au gré de son itinérance par les villages..
Pierre PLATON
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Les voies de la liberté
Théâtre de la Bourse du Travail CGT
Relâche les lundis
Tarif 15 € - carte Off 10 €
Encore un comédienne seule en scène… ?
Pas du tout : d’abord elles sont deux, avec sa moto Honda 150 qui l’a emmenée au bout du monde.
Et puis, lorsqu’on voyage, même seule comme c’était son cas, on n’est jamais seul, car on y rencontre des gens, souvent accueillants, d’autres un peu moins, mais c’est ça le charme (le risque) de l’aventure !
Son premier voyage, « Back to Japan » : mais elle ne l’atteindra jamais, la moto ayant rendu l’âme à
Vladivostok. En route, des accueils chaleureux des femmes du Turkménistan, des rencontres risquées à camper au bord de la route, puis un douanier à la frontière de l’Ouzbékistan, imbu de sa puissance et de ses demandes de faveur (2.000 € ou des prestations sexuelles), dont elle ne se tirera du piège que par hasard.
Second voyage, avec une moto confiée par Honda : les routes persanes. Précaution indispensable : son compagnon l’a rejoint et pilote la moto, pour contourner l’interdiction faite aux femmes. Et là, sur un col, deux belles rencontres improbables : celle d’un groupe de femmes heureuses d’échanger et de danser avec elle ; puis celle de l’imam, la questionnant pour savoir si elle était une bonne épouse, et se livrant à un même prêche sur son compagnon pour lui dire de mieux la surveiller !
Dernier voyage, en Afrique de l’Est, à la rencontre des femmes excisées, encore victimes, malgré les interdictions, des fortes pressions de la société et des coutumes. Mais avec quelques moments de joies partagées avec des femmes ougandaises.
La question centrale posée par cette pièce, totalement autobiographique, écrite, jouée et interprétée par Mélusine Mellender, est bien sûr celle de la liberté, mais surtout celle des libertés restreintes chez les femmes, soumises au pouvoir toujours dominateur de la société patriarcale : un sujet encore inépuisable, hélas, et qui fait de ce beau spectacle l’un de ceux à aller voir en ce moment !
Pierre PLATON
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Un toit sur la mer
De Michel BELLIER
du 5 au 26 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
17h30 1h15
Théâtre du GIRASOLE, 24 bis, rue Guillaume Puy - Avignon.
Mise en scène de Joëlle Cattino, interprétée par Brigitte Faure ( Bonnie ) et Yvan Balandras ( Kid )
Virginie Breger: Costumes - Paolo Cafiero: Création lumière
Jean-Marc Laurent: Scénographie - Paolo Cafiero: Création son
Bienvenue dans l’incroyable mais surtout improbable aventure de Bonnie & Kid, deux inconnus dont les vies semblent aussi différentes que semblables…
Notre aventure commence avec Kid, un jeune homme à qui la vie a cessé de sourire. Il erre d’abord dans la rue puis décide de monter sur un toit, face au port, face à la mer, si belle, si lointaine et si libre. Seulement, son moment de solitude se verra perturbé par la dynamique et singulière voisine du dessous, Bonnie. D’abord, leurs échanges sont tumultueux, tout commence avec une photo que notre jeune danseur a trouvée au bord du vide. Cette photo appartient à Bonnie, notre voisine sexagénaire, qui menace alors Kid d’appeler la police tandis que celui-ci, soucieux de déranger, ne demande qu’à partir. S’ensuit une longue discussion au cours de laquelle nous en apprendrons plus sur la vie de nos nouveaux aventuriers. Nous surprenons alors une conversation durant laquelle notre jeune homme dévoile les malheurs qui entourent sa vie, et c’est à ce moment-là que la tumultueuse Bonnie entre en place, mettant tout en œuvre pour sauver son jeune ami. A son tour, notre voisine montre à Kid ses faiblesses, son histoire aussi émouvante que celle du petit danseur et les solutions qu’elle envisage pour s’en sortir. L’appel de l’aventure se faisant de plus en plus entendre et l’appel de la vie étant plus que présent, nos héros se livreront alors à une dernière aventure à bord du navire « Las Vegas ».
Cette pièce est émouvante et permet une longue réflexion sur ce qu’est la vie et ce qu’est la mort. Elle nous montre comment une rencontre entre deux générations peut redonner goût à la vie, l’un n’ayant plus beaucoup de temps et l’autre en ayant trop perdu. Ils se serviront des expériences passées de Bonnie pour offrir un avenir plus joyeux voire solaire à notre danseur. Kid, un jeune homme sorti de l’hôpital, nous montre comment la danse peut être une échappatoire ; Bonnie nous montre comment rêver peut nous sauver la vie. Ce spectacle nous parle de sujets profondément sérieux, parfois même tabous, avec humour et légèreté, comme pour nous montrer que la mort ou la vieillesse ne signifient pas toujours une fin triste et monotone. La morale de la pièce est que même lorsque rien ne va et que tout semble perdu, raconter ce qui nous tracasse, même à de simples inconnus, peut nous sauver du pire.
Morgane GLEDHILL
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Croî(t)re ?
La fulgurante chute de Madame Gluck et son irrésistible ascension
« Croître ? » de Sarah Pèpe, interprété et joué par l’autrice, Cie Vent Debout, à 14h15 au Théâtre des Lilas ( relâche 16 et 23 juillet). Durée du spectacle 1h.
Madame Gluck vit dans une poubelle.
Et elle nous raconte comment elle en est arrivée là.
Cela a commencé justement avec un déchet.
Un jour, elle trouve un sac à dos sur une poubelle. Elle le prend pour sa fille, sans lui dire d’où il vient. Sauf qu’une élève du même établissement scolaire le reconnaît. C’est son ancien cartable qu’elle a jeté et elle se moque d’elle. Ridiculisée, insultée, sa fille devient la mendiante de service. Face à l’humiliation, Madame Gluck décide alors de faire ce qu’elle avait décidé de ne jamais faire : prendre un crédit pour réhabiliter sa fille afin qu’elle acquière une nouvelle existence validée par ses copines.
Elle entre ainsi dans la spirale du sur-endettement et l’exclusion sociale.
Son parcours inspiré de la Winnie de Samuel Beckett qui, dans « Oh, les beaux jours », s’enfonce de plus en plus dans une montagne de déchets, l’empêchant complètement de se mouvoir, annonce en même temps l’amorce d’un combat et la possibilité d’une alternative.
Et de la même façon que le déchet devient ressource, son exclusion la fait entrer dans la parole politique. Son parcours partant de l’injonction à consommer, et de son corollaire, l’incitation à l’endettement entraîne in fine le spectateur dans une réflexion sur la démocratie grâce au jeu superbe de Sarah Pèpe et de son écriture de grande qualité.
André Baudin
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BREL
Anne Teresa De Keersmaeker et Solal Mariotte
Carrière de Boulbon
Spectacle à quatre partenaires.
Au début, elle est seule, Anne Térésa, sur ce grand plateau, pendant que se joue (avec paroles projetées) une des premières chansons de Brel, « Le diable (ça va) ». Juste quelques imperceptibles frémissements de son corps, de ses bras pendants : l’émotion commence à poindre, tout doucement.
Puis l’on entend, dans le noir, sur le gravier, les pas de son jeune partenaire, Solal Mariotte : il ne l’accompagne vraiment que quelques chansons plus loin.
Le troisième personnage, bien sûr, c’est Jacques Brel, avec, au hasard du spectacle, une belle projection sur la falaise d’images d’actualité sur les inondations catastrophiques de l’époque, pendant que se diffuse, en français puis en flamand, « Le plat pays ».
Quant au quatrième partenaire, c’est la carrière elle-même, écrin naturel de la soirée, sur laquelle sont projetées quelques belles illustrations : sur « Bruxelles », par exemple.
La soirée se déroule au gré de la carrière de Brel, avec des pas de nos deux danseurs qui deviennent de plus en plus évocateurs des paroles des chansons.
Ils m’ont fait pleurer, je l’avoue, sur « La Fanette » puis sur « Les vieux ».
Mais l’émotion est tout aussi forte sur d’autres titres, tels que « Les bourgeois », ou sur « Ces gens-là », sur « Vierzon », sur « La valse à mille temps », « Jeff », « Les flamandes », « Les bonbons 1967 », et bien d’autres encore, choisies parmi les 150 chansons que notre grand Jacques a composées.
La fin de ce beau voyage en si belle compagnie nous amène aux « Marquises », puis à la conclusion émouvante sur « Jojo ».
Que voulez-vous que je vous dise de plus ? Que j’ai retrouvé toutes ces chansons de Brel qui ont marqué mon adolescence et ma jeunesse… que j’ai apprécié nos deux danseurs, issus d’univers artistiques différents… que j’ai vu avec plaisir (mais je le connaissais) le seul moment où Solal Mariotte danse, sans chanson de Brel, sur le rythme de break-danseur qu’il est !
Encore une belle soirée dans cette carrière de Boulbon, toujours chargée d’émotions pour les festivaliers.
Pierre Platon
Pour se rendre à la Carrière de Boulbon, 3 possibilités s'offrent à vous :
> En Navette du Festival (9€ aller-retour) départ à 20h depuis Avignon-Poste / cours du Président Kennedy
> En voiture, seul parking autorisé sur la D35 (voiture : 10€ / moto : 5€ )
> En vélo, parking gratuit
Pour des raisons de sécurité, le stationnement en bord de route est strictement interdit.
Achat auprès de la billetterie, dans la limite des places disponibles.
Ouverture du site à 20h. Dernier accès 21h30.
Navette aller-retour (9€)
Départ d'Avignon-Poste, cours du Président Kennedy, départ à 20h.
À réserver auprès de la billetterie.
Le lieu ouvre ses portes à 20h. Il faut environ 15 minutes de marche entre le lieu de dépôt de la navette, du parking et l’entrée de la carrière. C’est pourquoi nous vous conseillons de vous rendre tôt sur le lieu. Attention, dernier accès au parking à 21h et dernier accès à la carrière à 21h30. Buvette et restauration sur place. Il n’y a pas de vente de dernière minute sur place.Le lieu ouvre ses portes à 20h. Il faut environ 15 minutes de marche entre le lieu de dépôt de la navette, du parking et l’entrée de la carrière. C’est pourquoi nous vous conseillons de vous rendre tôt sur le lieu. Attention, dernier accès au parking à 21h et dernier accès à la carrière à 21h30. Buvette et restauration sur place. Il n’y a pas de vente de dernière minute sur place.
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LE CARNET ROUGE
LE CARNET ROUGE au Théâtre Pierre de lune à 11h30, durée 1 h
Relâche le 16 et le 23 juillet. Mise en scène : Laurent Montel
Pièce de et avec Dorothée Leveau et Stéphane Baquet, Chorégraphie : Rosario La Falce
Derrière la narration du classique ménage à trois, le mari Nicolas, la femme Caroline et la maîtresse Anne, se cache un récit dur et tragique. L'histoire n'est pas toujours facile à suivre parce qu'elle est racontée à l'envers. Anne, la maîtresse, écrit beaucoup, boit encore plus et cache un secret partagé avec sa mère avec qui elle a des relations difficiles.
Pourquoi cette jeune femme est-elle si mal dans sa peau alors qu'elle a une relation amoureuse "partagée" puisque Nicolas finit par demander le divorce ?
C'est l'histoire d'une vengeance, structurée, organisée pour faire payer le crime de
celui dont elle détruit la vie familiale et professionnelle.
Comment et pourquoi ce drame ? La surprise est telle que les spectateurs restent un peu figés, stupéfaits par le dénouement.
J'ai aimé la sobre mise en scène de Laurent Montel même si la chorégraphie m'a parue superflue, les acteurs ne semblant pas très à l'aise avec.
Marie-Jo Lasseigne
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PLUS JAMAIS MOZART
PLUS JAMAIS MOZART, la Fabrik'Théâtre , 70 impasse Favot route de Lyon, à 16h05, durée 1h10, relâche les mercredis, du 5 au 26 juillet. D'après « Plus jamais Mozart » de Sir Michael MORPURGO, adaptation et mise en scène de Jean-Louis KAMOUN assisté de Bénédicte DEBILLY . Interprètes : Christine GAYA, Martin KAMOUN, Caroline RUIZ. Interprète et musicien : Christian FROMENTIN (violon, mandoline). Images, dessins, vidéos : Olivier DURAND studio PHOSPHORE. Tout public.
Quel secret empêche le violoniste virtuose Paolo Levi de jouer du Mozart ? Personne n'ose lui poser la question jusqu'au jour où une journaliste un peu maladroite mais toute en délicatesse met les pieds dans le plat, invitant le musicien à se dévoiler. C'est ainsi que le public découvre son enfance à Venise, sa découverte du violon, son apprentissage en secret auprès d'un musicien des rues et les bouleversantes retrouvailles de ses parents avec cet homme. Mais c'est aussi la découverte pudique d'un traumatisme familial lié à l'une des plus grandes tragédies du siècle passé : le nazisme et les camps de concentration où une partie de la famille du héros a péri.
Ce qui nous saisit immédiatement dans cette pièce, c'est l'amour pour la musique de cette famille.
Elle nous accueille d'ailleurs et nous enveloppe dès les premiers instants de la pièce, ponctuant cette histoire familiale et l'Histoire avec un grand H, celle de l'horreur d'Auschwitz.
Trois comédiens sur scène, un musicien au violon ou à la mandoline démêlent devant nous les fils de ce lourd secret, des projections vidéo sur un tulle noir nous emmènent dans les ruelles et les canaux de Venise et dans l'univers désespérant des camps comme dans un carnet de croquis qui se remplit au gré de la parole.
On ne saurait trop vous conseiller de découvrir cette bouleversante histoire pleine de tolérance et d'amour qui se veut un véritable hymne à la transmission et au devoir de mémoire. Cette pièce fait ressortir le pouvoir libérateur et curatif de la parole, le soulagement que procure la vérité.
À voir absolument !
Maria Parizat
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LE DERNIER AÏD
Au nom du père...
« Le dernier Aïd », théâtre contemporain de la Compagnie Kourtajmé. Écrit, interprété et mis en scène par Wacil Ben Messaoud à 20h35 à La Scierie jusqu’au 14 juillet. Durée du spectacle 50 mn.
Ce seul en scène est d’abord une vraie performance d’acteur. Celle de Wacil Ben Messaoud. Son rêve était de devenir acteur à Paris. Lui, fils d’un immigré algérien, est passé pour cela par les meilleures écoles de la capitale. Avec succès. Jusqu’à ce que son père maintenant âgé, parti du bled sans rien, s’étant épuisé à transporter les quartiers de viande sur les épaules, envisage de lui transmettre silencieusement sa boucherie halal de Port-de-Bouc, fruit de toute une vie de travail et de réussite artisanale et sociale pour que ses enfants aient un meilleur avenir que le sien.
Wacil Ben Messaoud nous raconte donc cette histoire. Son histoire. Elle est liée à celle de la boucherie qui est l’œuvre et la fierté paternelle, et pour laquelle il a le plus profond respect. Car grâce à elle, et non sans mal, son père a nourri toute sa famille et même celle du bled.
Au travers d’une galerie de personnages hauts en couleurs et d’anecdotes savoureuses qui emportent l’adhésion du public, cette histoire nous amène jusqu’à ce dernier Aïd, qui est à la fois célébration de la fête du mouton et jour de deuil pour cause de fermeture définitive de la boucherie. Mais il n’en sera rien. Car Wacil, au nom du père, poursuivra son œuvre sans lâcher sa passion de jeunesse avec cette création qui s’inscrit dans la grande tradition du bon théâtre populaire.
Cette transmission qui aurait pu ressembler à du sacrifice, mais qui ne l’est pas, se fera donc finalement en douceur par amour d’un fils à son père. Pleine de pudeur et d’humanisme, elle est très émouvante.
André Baudin
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LE COUP DE PELLE
LE COUP DE PELLE de Solène DELANNOY et Michaël DUFOUR, Le Cinevox Théâtre, place de l'Horloge, à 20h05, durée 1h15, du 5 au 26 juillet, relâche les 7, 15 et 21 juillet.
Interprétation : Solène Delannoy et Michaël Dufour. À partir de 11 ans.
Stéphanie Spielberg, une célèbre auteur de romans d'épouvante et rien moins que la petite fille de Steven Spielberg, cherche le calme et l'inspiration dans un manoir isolé pour écrire son nouveau livre.
Mais à peine arrivée, elle est reconnue par l'excentrique Nestor Laporte, le directeur de l'hôtel, qui va tout mettre en œuvre pour que son hôtel lui inspire son nouveau roman. Son objectif : se faire une pub d'enfer dans ce lieu peu fréquenté. Pour cela, il sera prêt à tout, mais elle aussi ! Et cela va les mener dans une histoire totalement rocambolesque.
Le coup de pelle est bien plus qu'une simple comédie, c'est une véritable enquête burlesque où humour et intrigue se mêlent savamment pour notre plus grand plaisir. Nous voici invités à
résoudre des mystères totalement absurdes et hilarants. Rires garantis avec ce duo de choc qui nous fait basculer dans une autre dimension, sans vraiment savoir laquelle...
On rigole, on se demande ce qui se passe, on intéragit avec les comédiens dont l'énergie est tout simplement époustouflante.
Une soirée humour en perspective, comme on les aime !
Maria Parizat
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Le radeau de la Méduse
Le radeau de la Méduse, théâtre : le 4 rue Buffon, à 10hh45, durée 1h05, relâche le 14 et le 21 juillet
Auteur/metteur en scène Alexandre Delimoges, interprète Anne Cangelosi
S'instruire en riant, telle est la proposition du duo magique Alexandre Delimoges/Anne Cangelosi , savoureux mélange de drame et d'humour
Anne Cangelosi, s'impose .
La comédienne/conférencière interroge, bouscule de façon très drôle le public. Elle le met en défaut exactement comme faisaient nos vieux profs. Elle le gronde, lui reproche son niveau proche du zéro, le félicite de la plus facétieuse des façons. Quelle vivacité dans le texte, quelle intelligence ! Une heure pour apprendre, une heure qui déborde d'ingéniosité, d'apartés, d'humour !
Au travers de ce drame documenté++ il y a l'Histoire , la vraie, celle de la Restauration et l'histoire du peintre Géricault, de sa courte vie et de celle du tableau. On apprend tout : les circonstances, les incompétences , les failles et même les invraisemblances : comment tenir debout sur un tonneau dans la tempête déchaînée ? ou pourquoi l'artiste qui, peignant très mal les pieds, a choisi de leur mettre des chaussettes....
C'est un spectacle intelligent, culturel, passionnant de bout en bout, abouti et hilarant.
Si le rire est salvateur, avec ce texte prodigieux, il est aussi formateur.
N'hésitez pas à retenir vos places pour participer à une heure de pur bonheur.
Marie-Jo Lasseigne
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Anne H, une épopée Shakespearienne
Tous les jours à 18h à l'Espace Pasteur, relâche les 9,16 et 23 juillet
Mise en scène de Franck Berthier
Seule en scène :Kady Duffy
Je vais commencer par la fin : Sans l'ombre d'une hésitation, précipitez-vous pour voir cette magnifique tragédie que fut la vie d' Anne H.
Après, si vous avez envie ou si vous voulez plus d'infos, continuez la lecture.
Anne Hathaway épouse "par accident" (puisqu'elle est enceinte) William Shakespeare de 8 ans son cadet. Avec l'accord arraché à la mère de ses 3 enfants, il part à Londres d'où il reviendra, au fil des années de moins en moins souvent. Il écrit et envoie de l'argent. Anne raconte sa vie, celle où toutes les femmes reconnaîtront une part de la leur.
Mais Anne, elle, va s'efforcer de tenir sa promesse : respecter les désirs de l'autre. En fait, elle sera seule à assurer cet engagement. A la mort de son époux, elle refusera de lire le testament.
Kady Duffy, la femme, l'actrice, est simplement... belle ! L'interprète est touchante, émouvante, sacrifiée, courageuse , héroïque dans ce superbe rôle de Anne . Sa souffrance est perceptible, comme sa colère et son impuissance à réaliser LE rêve de retrouver un époux qui la fuit
La mise en scène de Franck Berthier est mieux que riche et dépouillée : elle est étincelante ! Il joue avec une chaise devenue lit ou fenêtre, du sable, une capuche, la longueur de la robe, des voiles blancs pour le mariage et noirs pour les deuils, accessoires parlants . On vit avec Anne dans ses moindres déplacements, on sent sa douleur, on la devine dans chacun de ses gestes. On aime cette femme en colère, désespérée, prisonnière de sa vie.
Ultime et suprême idée : le rideau blanc, à la manière d'un linceul, a fini de me bouleverser.
Et enfin, ne voudrais surtout pas oublier la lumière qui sait si bien faire vivre et éclairer ce drame.
Marie-Jo Lasseigne
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Danse acrobatique dans les jardins de l'ancien Carmel, rue de l'Observance.
Jours pairs, à 19h35, durée du spectacle 55 minutes, mise en scène Olivier Meyrou.
Danseurs acrobates : Matias Pilet et Fernando Gonzalez Bahamondez.
Karen WENVL, musique/chant traditionnel mapuche
Daniel Barba Moreno, guitariste flamenco
Un silence religieux s'installe avant même que le spectacle ne commence : la terre glaise noire, malléable à souhait, fait un tapis au premier Néanderthal, homme/animal qui semble sortir de sa chrysalide et a tout à apprendre. Huellas (qui signifie empreintes) sont celles retrouvées en Patagonie chilienne et qui vont raconter l'histoire de ces hommes cueilleurs. Tout est rencontres, échanges, apprivoisement, mimétisme et apprentissage
Avec le langage des corps de ces deux époustouflants acrobates/danseurs, tout est dit, tout se comprend.
Matias a fait un parcours de danseur classique avant de se diriger vers l'univers circassien. La rencontre avec Fernando, formé à l'école de la rue, donne 55 minutes de bonheur. Un parfum de comedia del arte, sans un mot, avec en seuls contrepoints, le chant et le kultrun de Karen ainsi que la guitare flamenco de Daniel.
Et quel humour , quelle tendresse, quelle poésie ! La découverte d'un insecte, d'un fruit prend un air de chamaillerie. Puis, l'empreinte inattendue du visage dans la glaise remplace le miroir : inventivité, beau sens de l'observation ou comment se connaître et se reconnaître.
Les simulacres des combats sont précis, réglés au millimètre.
Sauts, contorsions, acrobaties, portés, équilibres, rien ne manque dans l'écriture et l'esthétique de la chorégraphie. Les corps sont superbes, parés au fil des minutes de cette glaise noire
On est loin des "tutus et des pointes" mais l'émotion de la danse est omniprésente
Allez voir cette merveilleuse fantasmagorie. Vous en sortirez bouleversés et vos enfants enchantés.
La musique, vivante, énergique, tout en résonance, est scandée par le chant traditionnel Mapuche.
Si vous avez notre chance, les choucas logés dans les pierres viendront accompagner et mettre un point final sonore à ce magnifique spectacle
Marie-Jo Lasseigne
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GERMINAL L’INTEMPOREL
Un classique revisité avec une urgence contemporaine
« Germinal - L’intemporel » d’après Emile Zola, adaptation et mise en scène Pierre Lamotte avec Thérys Bibiloni, Agathe Coquelle, Sylvain Cornet, en alternance avec Léandre Leroy, Nicolas Tavernier, Elise Tillard, à 15h15 à La Luna. Durée du spectacle 1h10.
« Germinal – l’intemporel » d’après l’œuvre d’Émile Zola est un classique revisité avec une urgence contemporaine. Dans cette adaptation rigoureuse et fidèle, le texte retrouve toute sa dimension. Il suit Étienne Lantier, un jeune ouvrier qui découvre l’enfer des mines et mène une grève pour améliorer le sort des travailleurs. Il y rencontre Catherine, jeune ouvrière épuisée par la misère sous l’emprise de Chaval, son amant brutal et jaloux.
La passion déchirante entre ces trois protagonistes se déploie au cœur de la misère sociale et de la colère ouvrière. C’est une histoire d’amour, de lutte et d’effondrement que met en scène Pierre Lamotte avec un dispositif scénique immersif qui mêle jeu en direct et cinéma projeté. Les trois comédiens interagissent ainsi avec trente acteurs en vidéo, diffusés sur des écrans mobiles. Les décors sont également en phase. Ils sont dessinés au crayon de mine pour souligner en noir et blanc l’âpreté du récit.
La mise en scène, immersive également, explore ainsi le passé avec les outils du présent. Et c’est très réussi. Ce Germinal d’aujourd’hui qui parle autant d’hier que de maintenant, est à voir, absolument. Il résonne avec les luttes sociales, la révolte, la condition féminine et même l’impuissance du petit patronat face à la mondialisation d’un système destructeur.
A une époque où les inégalités se creusent, où la question du travail est plus brûlante que jamais, c’est un acte politique fort que de redonner la parole à ces personnages qui, dans l’ombre des mines, rêvaient déjà d’un avenir meilleur.
Bref, c’est du bon, du grand théâtre populaire, utile, par ailleurs, pour un ancrage fort en milieu scolaire.
André Baudin
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DISSONANCES JEANNE D’ARC
Une émission où le bouffon est roi
« Disonnances Jeanne d’Arc », du théâtre contemporain mis en scène par Frédéric de Goldfiem, avec Cyril Cotinaud, Gérard de Martigues, Sophie de Montgolfier, Jonathan Gensburger, Marion Llombart, Jennifer Maria, Frédéric Rey s’affrontent dans une émission de radio autour de la figure de Jeanne d’Arc, à 21h45 au Théâtre des Carmes André Benedetto. Durée du spectacle 1h35.
« Dissonances » est le nom d’un programme radiophonique enregistré en public et en direct qui propose des émissions consacrées aux figures emblématiques de l’actualité. Sauf que celles des Carmes, mise en scène par Frédéric de Goldfiem, transgressive et décalée jusqu’à l’absurde, va entraîner le public dans un délire total dès lors qu’autour de la figure de Jeanne d’Arc, il est question d’une jeune femme de 19 ans, de son corps érotisé, de l’identité nationale, de la foi, de la guerre… Et ce qui ne devait qu’être qu’un chaste exercice de divertissement intelligent, dérape vite et prend des allures de combat de boxe.
Il faut dire que le casting des invités de cette émission est particulièrement explosif. Il y a autour de la table une dessinatrice LGBT, un prêtre anarcho monarchiste, une mystique façon Sainte Thérèse, un juriste psychorigide, un metteur en scène qui « pète les plombs » et une journaliste d’extrême droite. Face à eux, l’animateur de l’émission, un journaliste qui met ses talents de comédien dans la peau d’un présentateur style Cnews (en beaucoup plus drôle heureusement), est chargé d’assurer l’intégrité, l’intelligence et l’accessibilité du débat, mais par glissements sémantiques et touches naïves, il perd complètement les pédales en prenant à la fois la figure du Candide et de l’Auguste. Il accumule erreurs, approximations, contrevérités et l’émission tourne au pugilat.
C’est très drôle mais finalement assez réaliste, vu le niveau actuel des débats sur les ondes.
Et les « auditeurs » prennent leur pied !
Que du bonheur dans cette pièce qui ne ressemble à aucune autre...
Le bouffon est roi et l’insolence salutaire... en ces jours où résonnent le tambour et le clairon.
Les comédiens, tous excellents, méritent bien la standing ovation que le public des Carmes leur a réservée avant de quitter cette parodie avec la banane.
André Baudin.
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Le voyage de monsieur Perrichon
D’Eugène Labiche
Mise en scène de Frédérique LAZARINI
Au Théâtre du Chêne Noir, à 10 h – relâche les mardis
C’est la bourgeoisie, et plus particulièrement les parvenus, qui est la cible de ce vaudeville de Labiche.
Monsieur Perrichon, riche carrossier, profite de sa retraite pour emmener sa femme et sa fille, pour la première fois en voyage.
Et les voilà qui partent en train pour Chamonix, y admirer le Mer de Glace. Heureux hasard ( ?), les voilà qui, sur le quai de la gare, embarrassés dans leur tenues de skieurs, sont rejoints par deux jeunes gens que leur fille a fait danser au bal du 8ème arrondissement.
Et ces deux-là, intéressés par la main de la jeune fille, les suivent dans leur voyage, tous deux se promettant une joute loyale : qui, en fait, ne le sera pas tant que ça !
La vanité du père est alors à son comble, et il est tour à tour sauvé d’un accident de ski, puis lui-même sauveteur d’un des deux jeunes rivaux. Oui, mais voilà : M. Perrichon cultive très mal la gratitude, il ne se souvient que de ses propres bienfaits, pas de ceux qu’on lui prodigue !
Après moult rebondissements, dont un épisode cocasse avec un commandant d’armée, tout ça se termine à Paris, où finalement la jeune fille, très nunuche, à défaut de choisir vraiment elle-même son futur époux, choisira au fond celui qui fait le plus plaisir à son papa et sa maman.
Mais ce n’est pas fini ; s’annonce encore un autre voyage à Chamonix…
La mise en scène occupe astucieusement le plateau, quasiment nu (ou très peu de meubles), avec deux écrans se faisant face coté cour et coté jardin, très intelligemment utilisés pour planter les décors.
Le jeu de scène, rythmé par quelques chansons, ne nous laisse pas de répit, il est enlevé avec brio par les six comédiens : on ne voit pas le temps passer, c’’est un régal !
Illustration du proverbe provençal : « Faî de ben à Bertrand, té lou rend en cagant »
Pierre Platon
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Vu pour vous en avant-première
TOUTES LES AUTRES
Toutes les autres au Théâtre l'Artephile à 15h55, durée 1h15 , tous les jours sauf le dimanche
Auteur : Clotilde Cavarac, mise en scène : Elise Noiraud, interprétation : Kimiko Kitamura et Stéphane Hausauer
Oui, il s'agit bien d'Anne et des paraplégiques ou autres handicapés, enfermés dans leur quotidien jonché d'obstacles
Être vivant, c'est aussi être regardé et ...désiré. Cloué dans un fauteuil roulant le regard qu'on vous porte est différent. Alors, la sexualité n'est souvent que rêve. Sujet tabou, grave, délicat, pris en compte dans certains pays mais en France, les "accompagnants du sexe", tiennent de la prostitution puisque ils ou elles sont payés pour ça.
On ne commande pas ses sentiments, Anne et Antoine tombent dans le piège de l'amour vrai, sincère, partagé qui bouleverse leurs vies. Elle est "amputée" (sic) de ses jambes mais pas d'amour : quelques jolis moments poétiques, des répliques drôles allègent le contexte.
Leur complicité est éclairée par un texte qui sonne toujours juste. Au sujet tabou répond une mise en scène précise, démontrant l'évolution des sentiments. L'empathie, la complicité, le plaisir se transforment jusqu'à devenir de l'amour : et là, difficile de sortir de l'impasse !
Kimiko Kitamura et Stéphane Hausauer sont remarquables et rayonnants de sincérité.
Allez-y sans hésiter, c'est un vrai moment de bonheur et de générosité
Marijo Lasseigne
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Vu pour vous en avant-première le 26 avril au Théâtre de l'Adresse à Avignon
HUBRIS
par la COMPAGNIE PAIZO
Texte et mise en scène de Clara JAUVART-LACOSTE
avec Louis DJABALI - Cécile GARNIER - Corentin GEROLD - Clara JAUVART-LACOSTE - Léa MICHELOT
du 5 au 26 juillet relâche les 8, 15, 22 juillet
15h45 1h20
Lorsque la belle Hélène, femme de Ménélas,
Fut ravie par Pâris, elle goûta l’extase.
Ravie d’être ravie, la pétulante Hélène
Suivant le beau Pâris, courut à perdre haleine.
Son cocu magnifique, vert de rage et jaloux
Envoya son armée châtier le filou.
Les deux amants s’aimaient, le barbon n’aimait guère…
Pour venger son honneur, il déclencha la guerre.
Des Grecs contre des Grecs, en une lutte à mort
Vont, neuf années durant, s’étriper sans remords.
Pour les seins blancs d’Hélène, ses étreintes brûlantes,
Pour sa peau de satin et sa fougue d’amante,
Des guerriers, des héros, des princes et des rois
Pour la gloire et l’Amour périront devant Troie.
Jean Victor Joubert
Le belle Hélène, elle est comme Godot : on l’attendra toute la pièce !
Cette pièce, c’est HUBRIS, à laquelle nous avons assisté en avant-première au Théâtre de l’Adresse, où elle se jouera durant tout le festival de cet été à Avignon.Un voyage artistique où la fiction éclaire la réalité, où le passé dialogue avec le présent.
L’hubris en question, c’est la démesure d’Achille, arrogant, trop sûr de lui, méprisant et plus si affinité et même sans affinité lors d’une scène de viol sidérante, violente.
La pièce est portée par des comédiens inspirés par leur personnage et soutenus par des effets sonores et lumineux époustouflants.
Les personnages ne sont pas les héros principaux d’Homère, à part Achille et son frère Patrocle, mais les oubliés, les victimes et surtout les femmes Briséis, la nana d’Achille, Thétis sa mère et Chryséis, une sacrée peste !
Bon. Je vous conseille de, comme moi, relire avec gourmandise l’Illiade afin de plonger avec bonheur dans cette mythologie grecque revue et mise en scène par Clara JAUVART-LACOSTE, artiste qui a grandi à Rochefort-du-Gard, étudié au lycée Jean Vilar, puis à l’université d’Avignon avant de partir à Paris écrire et apprendre.
Bravo les artistes ! Chapeau aux sculpteurs de sons et de lumières ! Et à cet été.
Maria et JVJ
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Vu pour vous le 7 décembre à La Scala Provence:
LE PETIT PRINCE d'Antoine de Saint-Exupéry
mis en scène par François Ha Van avec Hoël Le Corre, création de magie augmentée, LA SCALA Provence (ex Capitole)
3, rue Pourquery de Boisserin
84000 Avignon
Tél: +33 (0)4 65 00 00 90
durée 1h05, à partir de 7 ans.
À l'approche des fêtes de Noël, pourquoi ne pas faire une petite escale dans les étoiles, au théâtre La Scala, pour retrouver le temps d'une pièce, notre âme d'enfant ?
Qui ne connaît pas l'histoire du Petit Prince ? Le théâtre La Scala nous propose une revisite comme vous ne l'avez jamais vu de ce conte philosophique qui nous transporte, petits et grands, par les valeurs qu'il porte et qui se transmet et se partage de génération en génération depuis 80 ans.
L'avion tombe dans le Sahara. L'aviateur rencontre alors un enfant venu des étoiles. À travers le récit de son voyage, le Petit Prince livre son interprétation des choses essentielles de la vie : l'amitié, l'amour, la rencontre, la perte, la préciosité des relations humaines.
Cette adaptation nous transporte par sa scénographie magique augmentée, ses immersions virtuelles, la voix magnétique et enveloppante de Philippe Torreton et l'artiste Hoël Le Corre dans le rôle du Petit Prince, seule sur scène, qui ne cesse de nous émouvoir par sa poésie et sa sensibilité.
Un spectacle pour petits et grands, véritable allégorie, qui véhicule des valeurs essentielles dans le respect du texte, du message et des émotions.
Gardons notre âme d'enfant, notre sensibilité et notre poésie, préoccupons-nous des autres et de leur bien-être, ayons les yeux qui brillent devant les rêves que nous souhaitons réaliser ! Voilà ce qu'il devrait y avoir au pied de notre sapin !
Maria Parizat
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Réminiscences du Festival Off 2024
ANGÈLE
JE SERAI TOUJOURS LÀ POUR TE TUER
CELLE QUI NE DIT PAS A DIT
MAISON CLOSE, chez Léonie
CHANGER L’EAU DES FLEURS
LE JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE
L’Épreuve
Ma vie de ténor…
UN POUR TOUS
APRÈS LE CHAOS
Un cadeau particulier
Un chapeau de paille d'Italie
FAUT-IL SÉPARER L’HOMME DE L’ARTISTE ?
Quand De Gaulle hante Macron...
LA LÉGENDE DU SERPENT BLANC
Frantz
HORS CLASSE
LE BARMAN DE L’ÎLE
STORMY WEATHER
Comment J'ai Dressé un Escargot sur tes Seins
L'HOMME ET LE PÊCHEUR
L'Affaire Curie
LES 4 MOUSQUETAIRES ÉPOPÉE POP
LA TÊTE EN FRICHE
AMOR à MORT
Chocolat piment
Madame BOVARY
CYRANO DE BERGERAC
LES VOIES DE LA LIBERTÉ
95% BRASSENS
L'EPOPEE DE PENELOPE
Faust
MOI, KADHAFI
MAL ÉLEVÉE
ANTHOCYANE
Les Enfants du Diable
Les Raisins de la Colère
Les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir
ÉDITH PIAF l’Olympia 1961
MOMENTOS
Le radeau de la Méduse
ADELINE ZARU de A à ENFIN ZEN
Et un petit dernier pour la route!
ADELINE ZARU de A à ENFIN ZEN
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Adeline Zaru de A à enfin Zen, écrit et mis en scène par Adeline Zarudiansky, one woman show, au théâtre des Etoiles du 9 au 21 juillet, à 20h15, entrée libre au chapeau.
Êtes-vous parasité par une petite voix intérieure qui vous pourrit la vie ?
Dans ce one woman show, Adeline nous parle de « sa » petite voix intérieure qui l'empêche de devenir « Zen ». Nous voici embarqués dans sa quête explosive de spiritualité jalonnée de personnages déjantés : le gars feng shui tatoué, la coach astrale illuminée, la directrice de casting blasée, la psy « hors de prix, l'amant argentin prof de ski... En nous confiant ses difficultés à se réaliser auxquels chacun pourra s'identifier, Adeline nous fait partager ses méthodes de développement personnel «très personnalisés». Des Accords toltèques à Bouddha, nous voici amenés, sur le ton de l'humour et du rire, à réfléchir sur notre enfant intérieur, notre moi psychique. C'est la thérapie par le rire et la dérision !
Diplômée du Conservatoire National Supérieur d'Art dramatique de Paris, Adeline a joué dans de nombreuses pièces de théâtre à Paris mais aussi en Province et à l'étranger.
Avec son one woman show créé en 2019, elle a gagné le prix du public du festival d'humour d'Igny parrainé par Pascal Legitimus, a obtenu le fond humour SACD, elle a participé au Teva comedy show diffusé sur la chaîne Teva, elle a fait la 1ère partie d'Anne Roumanoff et de Geremy Credeville, des tournées en France et en Guadeloupe, elle a joué au festival d'Avignon 2022 et 2023 et 2024 aux Étoiles.
Une très belle performance à féliciter, la comédienne est généreuse avec son public, dans une improvisation exceptionnelle, une énergie débordante et des personnages à mourir de rire. Un très bon moment de théâtre, on en redemande !
Le festival est terminé mais on ne manquera pas de la suivre dès son retour sur les planches avignonnaises !
Vous pourrez retrouver Adeline Zaru à Perronas au théâtre Les Arts dans l'R du 5 au 7 septembre, à Biarritz au Petit Bijou le 20 et 21 septembre ainsi qu'à Paris à la rentrée soit au Kibélé soit à la Comédie du onzième.
Pour la suivre sur Instagram : @Adeline.zarudiansky
Maria PARIZAT
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LE RADEAU DE LA MÉDUSE
60 minutes d'humour, d'art et d'histoire
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LE RADEAU DE LA MÉDUSE , écrit et mis en scène par Alexandre Delimoges, interprété par Anne Cangelosi, à l'espace Roseaux teinturiers, du 29 juin au 21 juillet, à 11h30, à partir de 8 ans.
Un peu d'histoire, un peu d'histoire de l'Art avec le célèbre tableau de Géricault Le radeau de la méduse. Vous le connaissez sans doute mais connaissez-vous vraiment son histoire ?
Cette pièce nous propose, grâce à une drôle de conférencière, de découvrir les secrets de ce gigantesque tableau du Louvre qui choqua le monde et ébranla le trône.
Nous voilà plongés dans les bouleversements artistiques et politiques du début du XIXème siècle, dans la peinture du romantisme, à la découverte des personnages de cette toile.
Dérision, humour, cette conférence n'aura rien de barbant ou d'ennuyeux avec une comédienne qui incarne cette conférencière loufoque et réussit le tour de force de transmettre par le rire car on le sait bien, l’humour est un extraordinaire levier pour apprendre. C‘est donc avec humour, intelligence et interactivité qu’elle explique l’œuvre au public. »
On apprend des choses, on rigole, un grand bravo pour cette pièce riche en découverte et formidablement bien interprétée. À ne pas manquer !
Maria PARIZAT
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MOMENTOS
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MOMENTOS, spectacle de chant et danse, création Flamenca, mise en scène de Valérie Ortiz, danse avec Felipe Calvarro, Valérie Ortiz et Carlos Escudero, chant de Jésus Carceller, guitare Paul Buttin et Jésus Carceller, percussion Alexis Sebileau, accordéon Jérémy Naud, au théâtre le Girasole, à 19h15, jusqu'au 21 juillet.
Que vous soyez novice ou aficionado du flamenco, vous vous laisserez embarquer dès les premiers instants par ce spectacle chanté, dansé et interprété de façon éblouissante !
Certes, on redoute de ne pas en avoir les codes, mais le flamenco, dans ce spectacle, revêt une portée universelle réunissant à lui seul un large éventail de situations et d'émotions allant de la tristesse à la joie, en passant par l'amour ou la souffrance. Le chant, la musique et la danse se questionnent, se répondent et se mêlent.
Toute l'originalité du spectacle vient de la volonté de la chorégraphe ,Valérie Ortiz, d'apporter au flamenco un autre regard, en bousculant les codes traditionnels, en laissant la place à d'autres sonorités notamment la musique classique ou l'accordéon.
Un véritable moment entre tradition et modernité !
Le spectacle nous offre douze tableaux uniques avec une alternance de solo, duo et trio qui permet une proposition musicale riche et variée.
On notera aussi les costumes, les lumières et la scénographie époustouflante de ce « momento », qui subliment les corps avec une infinie élégance.
Vous ressortirez de ce spectacle enchantés, éblouis, magnétisés !
Maria PARIZAT
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ÉDITH PIAF L'OLYMPIA 1961
Le concert événement
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EDITH PIAF L'OLYMPIA 1961, récital de Nathalie Romier, au BA Théâtre, du 29 juin au 21 juillet, relâche le jeudi, à 16h.
Piaf , Olympia 61 rend hommage à la mythique Edith Piaf, incarnée par Nathalie Romier.
Ce récital inédit nous transporte dans un tourbillon d’émotions à travers le temps, en renouant avec le visuel et les succès de l’époque en racontant le sauvetage incroyable de l’Olympia.
En 1961, le mythique Music-hall était au bord de la faillite. Bruno Coquatrix , pour sauver la salle emblématique, fit appel à son amie Edith. Son interprétation magistrale a marqué l'Histoire et a permis à l'Olympia de renaître de ses cendres.
Nathalie nous propose de revivre ce moment en offrant au public une expérience immersive dans le monde captivant de la môme. Et ça fonctionne.
Nathalie réussit le tour de force d’incarner la passion, la vulnérabilité et la puissance de la légendaire chanteuse.
C'est un moment magique, qui nous transporte dans le temps, Nathalie Romier est d'une incroyable précision vocale mais gestuelle aussi, une véritable artiste interprète, généreuse et sensible, qui nous touche en plein cœur.
Un spectacle à voir absolument !
Maria PARIZAT
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LES TROIS PETITS VIEUX QUI NE VOULAIENT PAS MOURIR
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LES TROIS PETITS VIEUX QUI NE VOULAIENT PAS MOURIR , théâtre du Frèt (Québec), mise en scène par Johanne Benoit,avec Vania Beaubien, Alexandre L'heureux et Isabelle Rancier, au théâtre du Balcon du 29 juin au 21 juillet à 13h30, tout public à partir de 7 ans, durée 55 minutes.
Un jour comme les autres, Ernest, Stanislas et Désiré se réveillent plutôt de bonne humeur, mais arrive une lettre : « Aujourd'hui c'est le dernier jour. Toutes les journées ont été utilisées. »
Affolés d'abord, ils décident de faire comme si de rien n'était. Et puis d'abord d'où vient cette lettre ? Qui décide ? Et pourquoi aujourd'hui ?
Avec fougue, ils s'inventent de nouvelles vies, de nouvelles jeunesses et d'autres folies. Parviendront-ils à vaincre la grande faucheuse ?
Qu'à cela ne tienne, ils n'ont pas dit leur dernier mot !
Ce spectacle familial offre un portrait radical de la vieillesse, il aborde la mort de front sans oublier d'évoquer au passage ce qui en forme l'essence même, à savoir la vie, le chagrin et aussi l'amour.
Cette pièce est une célébration de la vie, une ode à la beauté et à l'amitié. Elle aborde le thème de la mort avec franchise, tendresse et dignité.
Sa dramaturgie est d'une grande minutie, les comédiens, masqués, sont époustouflants et émouvants. L'amitié entre les trois personnages est d'une poésie indescriptible. On ressort ému de cette fable, les enfants aussi.
On comprend un des objectifs majeur du théâtre à travers cette pièce : s'il ne donne pas de réponse, il ouvre au moins des portes, il suggère, il fait se questionner, et l'enfant est le public le plus disponible à cela.
Spectacle à voir absolument !
Maria PARIZAT
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LES RAISINS DE LA COLÈRE
Un prodigieux road movie intemporel
« Les Raisins de la Colère » de John Steinbeck adapté et joué par Xavier Simonin avec un trio de comédiens musiciens en alternance : Glenn Arzel ou Manu Bertrand, Claire Nivard ou Roxane Arnal, Stephen Harrison ou Sylvain Dubrez, à 13h40 à l’Essaion jusqu’au 21 juillet. Durée de ce spectacle musical 1h25.
Un texte fondateur de John Steinbeck, adapté par Xavier Simonin, comédien prodigieux et charismatique qui rayonne sur scène, accompagné d’un trio de comédiens musiciens armés de guitare, banjo et contre basse pour porter cette histoire entre chant et narration, tout au long de la route 66. Tels sont les trois ingrédients maîtres de ce road movie musical qui nous transporte et nous éclaire en même temps dans un univers sonore plus vrai que nature.
Par temps de désastre économique, de migration forcée et de violence sociale, « Les Raisins de la Colère » pourraient en effet apparaître tristement d’actualité si le livre de John Steinbeck n’était pas avant tout un chef d’œuvre intemporel riche d’une humanité plus que jamais fragile.
L’exode de la famille Joad, abandonnant sa terre, le Kansas, pour aller vivre « le miracle californien », ne sera en effet que désillusions, exploitation économique et humaine… Qui pourrait encore en douter ?
Ce magnifique spectacle est un vrai voyage littéraire et sensoriel.
Il est haut de gamme.
Xavier Simonin réussit un véritable tour de force en lui restituant sur scène avec conviction toute sa substance révolutionnaire.
Nous vous le recommandons vivement.
André BAUDIN
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Les Enfants du Diable
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On ne choisit pas ses parents…
Les Enfants du Diable au théâtre de l'Oriflamme jusqu'au 21 juillet à 11h30, durée 1h10
Pièce inspirée d'une histoire vraie, écrite par Clémence Baron, interprétée par Clémence Baron et Antoine Cafaro - Mise en scène de Patrick Zard'
Vingt ans après la disparition du couple Ceaucescu, deux enfants séparés par la vie se retrouvent.
Qui n'a pas vu les orphelinats mouroirs pour des enfants en tout point abandonnés ?
Qui n'a pas vu la saleté, la surpopulation, la malnutrition et le manque d'amour dont des milliers d'enfants négligés ont été victimes ? "Se balancer c'est rester en mouvement, se balancer, c'est vivre". Et c'est aussi s'apaiser.
Niki et Mirela sont restés en Roumanie, Veronica a été adoptée
Quand deux mondes aussi éloignés se retrouvent, le dialogue est difficile voire impossible
Comment ces deux êtres pourront-ils renouer des liens, au lendemain de la mort de Mirela et après vingt ans d'éloignement ? L'adoption de l'une les a séparés. Veronica, petite fille de dix ans, a une famille aimante, mais un mélange de colère et de tristesse la fait culpabiliser. Elle n'avait pas oublié durant ces années qui elle était, d'où elle venait mais elle avait involontairement abandonné frère et sœur. Pour Véronica , l'essentiel était de retrouver le grand frère et cette petite Mirela, autiste.
La pièce est remarquablement interprétée par deux grands comédiens. Clémence Baron est époustouflante de sincérité, elle "vit" ce rôle car c'est l'histoire de sa grande sœur. Antoine Cafaro défend superbement le rôle de Niki, alternant colère, tristesse, incompréhension.
Savoir lâcher prise, avoir foi en l'humanité, ne pas accepter, ne jamais renoncer: quel beau message d'espoir ils nous livrent là
Avec bien d'autres réflexions, pensées, sentiments, méditation....
Un beau spectacle que l'on n'est pas près d'oublier
MARIJO
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ANTHOCYANE
La pièce de théâtre qui fait aimer le vin.
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Écriture et Mise en scène Franck Dirles - Aide à la création Laurent Cussinet Patrick Thoraval - Distribution Laurent Cussinet Benjamin Dussud Patrick Thoraval Franck Dirles - Durée : 50 minutes - Public : à partir de 10 ans
Avec dégustation de bons vins et de softs pour les mineurs
« Dans les jardins bruissants du Musée Louis Vouland
Nous avons pu taster les nectars stimulants
Que Nicolas Boiron, de Châteauneuf-du-Pape
Nous offrait en prémices de joyeuses agapes. »
Ce petit quatrain d’introduction pour une soirée théâtrale fort originale, toute en alexandrins s’il vous plait, dédiée à la gloire de ce joyau de la créativité humaine qu’est le vin. Une pièce où se chevauchent, se poursuivent, s’étreignent les termes vignerons et les mots de la vie. Malbec - nom de cépage – est un œnologue amoureux transi mais trop timide pour déclarer sa flamme à la belle Anthocyane – nom grec de la couleur rouge des peaux de raisins entre autres végétaux.
Anthocyane restera l'Arlésienne de la pièce, objet de tous les désirs de ses soupirants, mais toujours absente.
Malbec le technicien œnologue apparaît - sur l’espace scénique matérialisé par un tonneau superbement peint d’une explosion de couleur – comme un breuvage de consommation courante aspirant à devenir un grand cru pour séduire la Belle. Il fait donc appel à Marc (de Chateauneuf ou de Bourgogne ?) pour qu’il lui livre les secrets de la poésie qui séduira Anthocyane.
"C’est pas gagné" pense Marc…
S’ensuivent des échanges savoureux où le corps (du vin), la jambe (du vin), la cuisse (du vin ?), la saveur du vin?) font passer le spectateur d’une séance de dégustation à des rêves érotiques torrides.
Et tout ceci en dégustant, blancs, rosés et rouges « De mon grand-père » de Nicolas Boiron!
Au fait, si la belle Anthocyane n’a pas levé son verre avec nous, il y avait tout de même la stricte Maud Dhérassion !
« Gloire au vigneron, il nous désaltère
Sa sueur féconde les entrailles de la terre
Paysan sacré qui crée le sang de dieu
D’arides cailloux, il fait du vin, Mordieu »
Et pour conclure, laissons la parole à Horace :
Nulla placere diu nec vivere carmina possunt, quae scribuntur aquae potoribus…
Des vers ne peuvent plaire ni durer longtemps, s’ils ont été écrits par des buveurs d’eau.
Allez-y vite avant que le Festival 2024 ne baisse les rideaux.
Jean Victor JOUBERT
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MAL ÉLEVÉE
...ou élevée mal ?
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« Mal élevée de Laetitia Wolf, mise en scène par les deux comédiennes Astrid Tenon et Laetitia Wolf, à 19h10 au Théâtre des Lilas. Durée du spectacle 55 min
Sur scène du Théâtre des Lilas - un lieu du OFF dédié à la création féminine - deux femmes se rejoignent dans un lien sororal qui les émancipent de l’emprise sociale et des carcans de la soumission. Elles ont été mal élevées, pas dans le sens de la malpolie, mais élevées mal, dit l’auteur de la pièce Laetitia Wolf.
Ces deux voix portent en elles celles de tant d’autres, questionnant l’éducation et ses limites chez les petites filles à qui on ne leur a pas appris à dire non. « Et si on nous avait appris à nous défendre ? », s’interrogent-elles, « à quoi aurions-nous échappé par les temps qui courent où l’on ne cesse de constater les agressions sexuelles, les discriminations au travail, les inégalités de salaires, etc. »
Plutôt que la politesse comme vertu suprême...qui a fait son temps !
Ce spectacle radical, rythmé comme une ballet, peint un tableau vivant des multiples façons dont les femmes laissent leurs traces dans un monde qui tente constamment de les effacer, notamment par la religion. Afin de leur permettre, à toutes, insistent-elles, de prendre conscience de la nécessité de reprendre le contrôle de leur histoire.
Car « on ne peut plus répondre à la violence par un sourire, par un merci ou une dérobade », proclament-elles.
Certes, le sujet n’est pas nouveau. Et ces deux femmes n’enfoncent-elles pas des portes ouvertes ? Même si leurs propos mériteraient un peu plus de recul pour être plus efficaces, « cette prise de conscience cristallise un bond en avant magistral », répond Laetitia Wolf, pour que toutes leurs histoires soient entendues et relayées.
André Baudin.
André Baudin.
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MOI, KADHAFI
Une pépite guyanaise
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« Moi, Kadhafi » de véronique Kanor, seul en scène coproduit par la Compagnie guyanaise KS and CO sur une mise en scène d’Alain Timar, interprété par le comédien Serge Abatucci, à 16h45 à la Chapelle du verbe incarné. Durée du spectacle : 1h
Alors que la Nouvelle-Calédonie gronde de colère avec des velléités indépendantistes, merci au Festival Off d’ouvrir ses portes à l’Outre-Mer avec ce seul en scène de la Compagnie KS and CO installée à Saint Laurent du Maroni en Guyane.
Sur une mise en scène sobre et efficace d’Alain Timar (le spectacle est coproduit notamment par le Théâtre des Halles – Scène d’Avignon), Paul, un Antillais anonyme, a été retenu grâce à sa ressemblance, pour interpréter Kadhafi au théâtre. Homme brimé mais révolté sur une terre qui, malgré son rattachement au grand ensemble français, représente encore toutes les caractéristiques d’une colonie, ce comédien malgré lui, va s’investir dans le personnage en voyant dans ce rôle la possibilité de prendre une revanche sur son destin. Tant, dans son vide intérieur tapissé d’images de Kadhafi-Le-Sauveur, résonne des colères ancestrales...
Les texte de Véronique Kanor est fort, nécessaire, engagé et poétique, il ne sombre jamais dans la complaisance pour le leader anti-impérialiste assassiné, tout en assumant sur lui un regard non occidental.
Il est défendu sur scène par le talentueux comédien Serge Abatucci, intimement traversé par cette histoire, en interprétant Paul l’Antillais dans la peau de Kadhafi.
C’est une des pépites du Festival, nous vous la recommandons.
André Baudin.
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« Faust »
Quand le muet nous parle…
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Libre adaptation sur la projection du film de Murnau, par le Cartoon Sardines Théatre, tous les jours jusqu’au 21 juillet à 18 h 25 à L’Entrepôt.
Si tout le monde connait plus ou moins Faust, celui qui fit un pacte avec le Diable dès le milieu du 16ème siècle, seuls les cinéphiles plus ou moins avertis connaissent le film (muet) réalisé par le cinéaste allemand Murnau en 1926. Un film bourré de prouesses techniques, compte tenu des contraintes du cinéma de l’époque encore balbutiant, marqué par une façon de filmer les personnages qui fit de Murnau le précurseur du fameux style expressionniste longtemps propre au cinéma allemand. Voilà donc une belle source d’inspiration pour tout artiste de théatre aimant le 7ème art, imaginant de moderniser la narration en y ajoutant… le son ! Oui, mais comment ? Patrick Ponce a heureusement trouvé la solution en inventant des dialogues collant évidemment à l’action, mais totalement modernes (y compris quelques apartés de langage contemporain très drôles) et en y ajoutant une illustration musicale, toujours juste, parfois audacieuse, avec la complicité de deux musiciens nous plongeant dans le charme d’un saxo, bel instrument faiseur d’ambiance… Encore fallait-il inventer une mise en scène sobre, en adéquation avec l’interprétation, souvent surréaliste, de cette lutte entre l’archange et Méphisto, entre le bien et le mal. Trois silhouettes sur scène, à peine éclairées, laissent toute leur place aux images, commentées en direct par Patrick Ponce, faisant toutes les voix, même féminines, assurant les bruitages, devenant un personnage du film à force de si bien jouer son rôle dans l’ombre ! Décidément, Avec « Angèle » et « Faust », parmi les meilleurs spectacles du Off 2024, le Cartoun Sardines Théatre n’en finit plus de nous épater.
Bernard LASSEIGNE.
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L'EPOPEE DE PENELOPE
une odyssée tricotée
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L'EPOPEE DE PENELOPE une odyssée tricotée, compagnie Les Illustres Enfants Juste, écriture, mise en scène, construction tricots, jeu par Marjolaine Juste, interprété par Marjolaine Juste, Ophélia Bard et Crystel Galli, à l'espace Alya, du 2 au 21 juillet, relâche le 8 et le 15 juillet, à 11h15, durée 55 minutes, jeune public à partir de 6 ans.
L'épopée de Pénélope, c'est l'Odyssée d'Ulysse vécue par son épouse.
Pénélope attend Ulysse depuis vingt ans. Pendant ce temps elle tricote des paniers entiers de pelotes. Elle parle à son chat Claude, elle écoute la radio. Mais un jour, en tirant sur son fil, un poisson en laine frétille au bout de son aiguille à tricoter… Et c'est le début d'une aventure qui va l'emporter au milieu d'un océan déchaîné à la rencontre de personnages mythologiques revisités.
Décors, marionnettes, costumes : tout est tricoté !
Malgré les tempêtes et les colères de créatures inhospitalières, Pénélope va retisser les liens d’un monde désuni, raccommoder la mer à sa manière et reprendre les mailles de sa vie.
Ce spectacle qui vise à casser les codes par le recentrage sur un point de vue féminin, veut nous montrer l'émancipation d'un personnage en abordant des problématiques environnementales (fontes des glaciers, pollution des mers...), nous parle d'hospitalité à travers des créatures qui rejettent et agressent au lieu d'accueillir et d'aider, c'est aussi un message d'espoir : raccommoder la mer « à sa manière ».
On se laisse captiver par cette histoire et ces décors faits d'inventions visuelles juste magiques, les enfants comme les adultes sont bouche bée, sans cesse surpris et amenés à rire des situations et dialogues entre les personnages.
Au rythme d'un accordéon et de chansons, ce spectacle est aussi un choeur de trois femmes qui interprète cette odyssée au féminin.
Spectacle très original et poétique à ne pas manquer !
Maria PARISAT
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95% BRASSENS
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95% BRASSENS, spectacle musical, mise en scène de Renaud Maurin, avec Jean-Louis Cassarino au chant et à la guitare, Pascal Lasnier à la basse et Xavier Ferran au piano, au théâtre des Vents, du 11 au 21 juillet, relâche le 15 juillet, à 20h15, durée 1h10.
Si vous aimez le répertoire de Georges Brassens, vous allez adorer ce spectacle musical animé par trois artistes hors pair qui ne manquent pas d'air ni de talent : un comédien chanteur au timbre de baryton d'exception qui se prend parfois pour Georges, un pianiste et un bassiste à moustaches.
Vous pousserez la chansonnette avec délectation avec des arrangements jazzy, voire rock juste magiques ! Avec piano et basse qui apportent une touche nouvelle et entraînante aux textes les plus connus de notre bon Georges.
Un Gare au gorille, aux airs d'Elvis Presley, un Il n'y a pas d'amour heureux avec une diction raffinée, énoncée avec profondeur... On se laisse transporter, comme sur un magnifique paquebot mais qui ressemble étrangement au Titanic, insubmersible certes mais seulement à 95% !
Une vraie pépite musicale, joyeuse et intelligente ! Un hommage très élégant à Georges Brassens. Un pur moment de bonheur !
Maria PARIZAT
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LES VOIES DE LA LIBERTÉ
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LES VOIES DE LA LIBERTÉ , compagnie Avec vue sur la mer, d'après Mélusine Mallender, adaptation et mise en scène de Franckie Defonte et Mélissandre Fortumeau, interprétation de Mélissandre Fortumeau, espace Alya, à 16h25, du 3 au 21 juillet, relâches les lundis 8 et 15 juillet, durée 1h20.
Les voies de la liberté, c'est l'histoire d'une jeune femme qui décide de partir seule avec sa vieille moto 125 cm3 pour « aller le plus loin possible » en direction de l'est. On lui prédit qu'elle ne dépassera pas le périphérique parisien... Quatre mois plus tard, elle arrive pourtant à Vladivostok, où la mer du Japon l'arrête. De nombreuses péripéties l'attendent. Elle trouve cependant, à travers ce voyage initiatique, ce qu'elle était partie chercher : sa liberté.
Elle revient toutefois avec de nombreuses questions sur la liberté et plus particulièrement la liberté des femmes. Alors elle repart en Iran, en Afrique, toujours à moto mais cette fois avec une caméra... Plus de cinquante pays traversés, cent mille kilomètres, des milliers de rencontres.
Nombres de thèmes majeurs liés à la féminité sont évoqués : les rapports hommes/femmes, le poids de la religion, les sévices corporelles (excisions, viols,...) mais aussi psychologiques (harcèlements, privations de droits, de liberté).
La comédienne nous transporte dans ce voyage et nous fait revivre de l'intérieur les aventures de cette femme audacieuse, dans une pièce qui est à la fois un récit de voyage, du théâtre et un documentaire et qui nous fait plonger au plus profond de son expérience.
Amateur de voyages et de rencontres humaines, vous serez happés par cette aventure, magnifiquement bien jouée.
On découvre la « beauté fulgurante de la liberté » et l'on réfléchit sur l'idée « qu'il n'y a pas une seule forme de pensée , de liberté », que « comprendre ce n'est pas imposer, présumer, c'est voir et questionner ».
A voir absolument !
Maria PARIZAT
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Le grenier de Babouchka présente
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CYRANO DE BERGERAC
d'Edmond Rostand - Mise en scène Jean-Philippe Daguerre avec Stéphane Dauch, Charlotte Matzneff, Barbara Lamballais, Simon Larvaron ou Raphaël Hidrot, Etienne Launay ou Philippe Blondelle, Antoine Guiraud, Grégoire Bourbier ou Yves Roux, Xavier Martel, Emilien Fabrizio ou Christophe Mie, Xavier Lenczewski, Mona Thanaël Violon : Aramis Monroy ou Petr Ruzicka - Musique originale : Petr Ruzicka - Décors et accessoires : Vanessa Rey-Coyrehourcq - Costumes : Corinne Rossi / Lumières : Frédéric Bures
Théâtre le Chien qui fume, 10h00, durée : 1h55. Du 4 au 21 juillet, relâche les 10 et 17 juillet.
S’attaquer au chef d’œuvre d’Edmond Rostand demande un certain courage, tant cette pièce longue, comportant un grand nombre de personnages, considérée comme élitiste et véhiculant des valeurs hélas considérées comme dépassées, est difficile à monter. Et pourtant Jean-Philippe Daguerre, le metteur en scène, relève avec brio le défi, bien aidé, il est vrai par une brochette de comédiens aussi brillants qu'émouvants et drôles s’il le faut.
A cause du complexe que lui donne un quart de Brie particulièrement opulent, Cyrano n’ose courtiser la dame de ses pensées que par le truchement d’un autre… Terrible position. Mais il le fait avec brio, verve, combativité, sur une scène aux décors particulièrement minimalistes, laissant toute la place au jeu des acteurs. Leur jeu est sincère, ils vivent réellement leur rôle, ils sont le personnage qu’ils incarnent, au point que Roxane, saluant le public, avait du mal à s’arrêter de pleurer la mort de Cyrano , dont on entendait l'âme s’envoler dans les pleurs délicats d’un violon.
Vraiment un très beau et très bon moment. A recommander.
J’ai eu du nez d’aller voir ce spectacle !
Marie DUFRAISSE
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Madame BOVARY
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Madame Bovary en plus drôle et moins long du 3 au 21 juillet, tous les jours, pas de relâche.
Théâtre des Corps Saints à 11h30, durée 1h15
Très librement adapté par Camille Broquet et Marion Pouvreau qui sont aussi les comédiennes.
Mise en scène d'Edward Decesari. Compagnie : Le Monde au Balcon
J'ignore si ces quelques lignes vous donneront envie d'aller découvrir ce petit bijou, si c'est le cas, dépêchez vous de louer vos places. Mardi, il y a eu une séance supplémentaire en soirée, grâce à la relâche bienvenue d'une autre représentation !!!
Madame Bovary, tout un roman mais aussi tout un spectacle, surtout lorsque deux jeunes dévergondées décident de s'attaquer au livre de Flaubert. Tout le monde ne l'a pas lu mais à sa parution Gustave Flaubert a été jugé pour "outrage à la morale publique, religieuse et aux bonnes mœurs".
Là, tout part en vrille, puisque n'est gardée que la trame sans jamais trahir Flaubert. L'histoire est moderne, les personnages sont typiquement ancrés dans le 21ème siècle et les dialogues attachés comme par magie aux deux comédiennes plus vraies que nature.
C'est gai, c'est vif, c'est drôle ! Quelle illustration musicale géniale que celle du bal donné par le premier amant d'Emma ! La musique est le parfait contrepoint du texte : comique et imaginative. Elle va du rock à la valse et de la danse écossaise à la danse traditionnelle yiddish de Rabbi Jacob.
Les jeux de mots-laids ne manquent pas (tiens, tiens). Et nous avons aussi la lecture intelligente et bien dosée des passages du livre.
Charles, le cocu du drame, connaît et subit tous les travers du couple. C'est un vrai anti-héros mais tellement pathétique ! Dérision totale, rires en cascades, voilà à quoi vous ne devez pas, ne pouvez pas manquer.
Emma est fourbe, "bonbon acidulé", douce et surette et surtout, surtout romantique... à en mourir, vous n'y échapperez pas.
Les seules choses dont vous pouvez vous libérer, ce sont les interminables descriptions qui plombent le roman. Flaubert décrit TOUT, tout le temps : 5 pages pour décrire la nouvelle maison. Et quand on est lycéen, c'est une torture, un manque de savoir-vivre du prof de Lettres que de vous imposer ça.
Chansons, danses, parodies illustrent en permanence cette comédie pétillante sans aucune vulgarité. Les deux comédiennes-autrices méritent que vous alliez les applaudir
Bravo aussi pour le "costume" qui a réveillé un classique d'Agnès.B
Aurez-vous encore le temps d'aller voir madame Bovary ? C'est tout le mal que je vous souhaite
MARIJO
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« Chocolat piment »
Boulevard du rire !
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au théâtre Le Cabestan, tous les jours à 12 h 35 jusqu’au 21 juillet (relâche le 17 juillet)
Au fil des siècles, le théâtre dit « de boulevard » reste bien ancré dans ses traditions, portes qui claquent, voix qui portent, dames qui marchent à petits pas et messieurs infidèles. Mais ce théâtre-là plait toujours, car il fait toujours bon rire ! C’est ainsi qu’on pourrait expliquer le succès de « Chocolat piment » en 2024 à Avignon, pièce nommée aux Molière en… 2007. Sur scène, quatre excellents comédiens, Paul, le grand-père veuf et grognon, dont on fête l’anniversaire dans un rituel annuel de bon aloi, ses deux filles, Stéphanie et Caroline, que tout oppose, séparées par les caprices de la vie, et Frank, le cadre ambitieux et macho, qui fut l’amant de l’une avant d’épouser l’autre… Bref, un tableau de famille bien de chez nous, avec des personnages à la mode et à la limite de la caricature. De quoi bien rigoler, entre engueulades et bons mots, réussis, dont sont truffés les dialogues !
Mais voilà, dans le théâtre de boulevard, Bacri et Jaoui sont passés par là. Et lui ont apporté une analyse du contexte social, une profondeur des personnalités , une réflexion sur leurs conditions de vie. Du coup, le gros comique, parfois un peu gras, a laissé place à un humour plutôt subtil. Tous les ingrédients qui font de ce chocolat pimenté un spectacle délicieusement drôle et terriblement vrai. Entre deux fous rires, entendons le papy de l’histoire nous dire que « la réalité [de sa vie] c’est 10 kilos de plus et 30 ans de trop ! ». Sans oublier un scénario fort bien construit qui nous plonge dans les fameux secrets de famille. Ceux de « Chocolat piment » s’avèrent réjouissants.
Bernard LASSEIGNE.
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AMOR à MORT
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Amor à mort, pièce mise en scène par Jean-Marc Michelangeli et Elric Thomas, joué par Nelly Bpechétoille, Anne Décis, Didier Landucci et Avy Marciano, au théâtre Le Petit Chien, du 3 au 21 juillet, relâche les 9 et 16 juillet, à 21h15, durée 1h30.
Qui n'a jamais ressenti au moins une fois dans sa vie, dans un accès de colère, l'espace d'un court instant, cette envie de tuer l'être pourtant tant aimé autrefois ? Qu'est-ce qui fait qu'on bascule dans l'horreur pour se débarrasser de l'autre, souvent la moitié de nous-mêmes, au départ ?
Cette comédie à l'univers musical original, nous plonge dans une série de tableaux grinçants et transgressifs sur des histoires d'amour qui finissent très mal : meurtres à la clé à coup de pelle, de casserole, de fusil ou de revolver !
Ne soyez pas étonnés, ce spectacle nous embarque de surprise en surprise et vient tordre nos perceptions traditionnelles de l'amour et de la mort avec audace !
Deux rendez-vous incontournables de la vie nous sont présentés : l'amour et la mort.
« Parfois, on réussit. Parfois, ça finit mal. On vit, on aime et on meurt".
C'est un couple en quatuor qui se tue, joué par quatre comédiens exceptionnels et hilarants.
Un incontournable du festival dans le genre humour noir : fou rire garanti ! Un spectacle inoubliable !
Maria PARIZAT
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LA TÊTE EN FRICHE
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LA TÊTE EN FRICHE, pièce adaptée du roman de Marie-Sabine Roger, par la compagnie Les Affamés, adaptation et mise en scène de Gilles Droulez avec Fanny Corbasson et Gilles Droulez, théâtre des Corps Saints, à 16h50 du 2 au 21 juillet, durée 1h20.
Première adaptation au théâtre du roman de Marie-Sabine Roger, cette comédie nous plonge dans l'univers doux amer de Germain : un homme pour qui la vie n'a pas été tendre et qui a cruellement manqué de considération.
Sur un banc public, il rencontre Margueritte, une vieille dame avec qui il va se lier d'amitié. Par le biais de la lecture et au gré de leurs discussions, celle-ci va lui ouvrir les portes de l'imaginaire et des mots et lui permettre de mettre des mots sur sa vie. Il va ainsi découvrir le pouvoir des livres et celui de la métaphore qui vont lui ouvrir un chemin vers des horizons insoupçonnés alimentés par sa curiosité naturelle.
Entre eux va se nouer une relation indéfectible faite de complicité, de tendresse et d'humour .
Cette pièce, que l'on peut qualifier de conte philosophique, met en avant la bienveillance, ce que notre humanité peut avoir de meilleur, la considération de l'autre et la force créatrice et joyeuse de cet intérêt pour l'autre, la transmission : « Nous ne sommes sur terre que pour être passeurs »... nous dit Margueritte.
Un vrai moment de bonheur porté par deux comédiens merveilleux, un très beau moment à ne pas manquer.
Maria PARIZAT
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LES 4 MOUSQUETAIRES ÉPOPÉE POP
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Les 4 mousquetaires Épopée Pop, spectacle musical, compagnie La Douce avec Floriane Durin, Carl Miclet, Marianne Pommier et Laurent Secco, adaptation et mise en scène collective, au théâtre de l'Arrache-Coeur- salle de l'Alizé à 14h30, durée 1h15, à partir de 9 ans. Relâche le mardi.
Cette adaptation musicale du roman d’Alexandre Dumas nous plonge dans un show délirant, iconoclaste, éclectique et festif où l'esprit des Monty Python rencontre l'univers des années 80.
Ici pas d’épée ni de chapeau à plumes, mais une bande de « sales gosses » portant haut l’étendard de la pop culture, pour mieux dynamiter par le rire le roman d’aventure. À chacun de défendre sa propre version de l'histoire !
Bienvenue dans le télescopage des époques et des genres: les Power Rangers au service du roi de France, le cardinal de Richelieu sous la moustache de Freddie Mercury ou Milady de Winter en pop star aux faux airs de Madonna !
Les personnages se succèdent et se distribuent entre ces quatre comédiens au gré de leurs envies dans une énergie folle et un rythme effréné qui nous emporte. Mouvements, expressions, humour, couleurs, mise en scène... Il y a tous les ingrédients pour passer un moment démentiel et rire aux éclats !
Le mot d'ordre de cette troupe énergique : le collectif et la création collective, l'esprit de groupe, la solidarité, des valeurs essentielles à véhiculer !
Maria PARIZAT
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L'Affaire Curie
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Eve dans l'ombre de Marie Curie
de Meryl Mourey
Mise en scène de Juliette Jouniaux - Comédiennes : Héléna Vautrin, Chantal Vidal Bouillet
Du 3 au 21 juillet, relâche le 18
Théâtre la Luna à 14h55, durée 1h
Mais quelle bonne idée d'avoir sorti Marie Curie de son laboratoire ! J'en avais l'image d'une femme brillante chercheuse, première à avoir obtenu un prix Nobel, fusse avec son mari et morte de l'irradiation provoquée par son travail en laboratoire
Marie devenue veuve et Paul Langevin ont une liaison vite rapportée par la presse. Une cabale pernicieuse mettra fin à leur histoire d'amour.
On la menace de révocation, traînée dans la boue, elle est traitée de voleuse de mari et de sale Pollack. C'est cependant ainsi que Marie se dévoile tout autre dans ce portrait de femme : elle va paraître plus humaine
La narration, à deux voix, est sincère; le dialogue met à jour les manques de communication mère/fille. Mais Marie, peu de jours avant sa mort, confesse à Eve : "il y a des choses importantes à dire, d'autres à entendre"
On apprend beaucoup sur l'éducation, le comportement dicté par les fameuses règles sociétales : ce qui se fait, ce qui ne se fait pas....
C'est une belle leçon d'Histoire aux dialogues vifs et précis. La mise en scène est ingénieuse . On ne perd jamais le fil du récit et les projections de textes/photos complètent parfaitement la narration.
A la question misogyne, posée à celle qui allait devenir double prix Nobel :
"Qu'est-ce que ça fait d'épouser un génie"
Marie Curie a simplement répondu :
"Allez demander à mon mari
Oh Marie si tu savais...
MARIJO
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L'HOMME ET LE PÊCHEUR
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L'homme et le pêcheur, une pièce écrite par Jean-Marc Catella, Ciro Cesarano et Fabio Gorgolini, mis en scène par Ciro Cesarano, au théâtre Le Petit Chien à 17h40 du 29 juin au 21 juillet (relâche les 9 et 16 juillet). Durée du spectacle : 1h15, à partir de 8 ans.
Sur un ponton suspendu, un pêcheur mystérieux croise le chemin d'un homme affolé par ses doutes, la corde au cou et un parpaing à la main. Une discussion, à la tonalité italienne très poétique, s'engage alors entre ces deux hommes et marque le début d'une aventure rocambolesque qui nous invite à réfléchir sur le sens de l'existence et à notre relation au bonheur.
La pièce nous transporte, depuis ce ponton au dessus de l'eau, vers plusieurs univers : l'histoire de la vie d'un homme, son imaginaire intime et la réalité déclarée d'une pièce de théâtre. Quelles frontières séparent ces espaces ? Au fil de la pièce, nous voici emportés entre réalité et fantaisie, passé et futur, comique et tragique et ces frontières deviennent de plus en plus floues...
Cette comédie, inspirée du théâtre surréaliste et populaire, vient nous questionner et nous émouvoir sur notre relation à notre propre « monde intérieur », à nos rêves, nos peurs, nos désirs et nos besoins profonds. Elle évoque également avec ironie et humour, comment l'avenir peut glisser entre nos mains à force de compromis, de renonciations, d'isolement social et d'impératifs productifs. Elle sert de prétexte pour interroger ce besoin, parfois insensé mais très humain, de devoir perdre ce que l'on possède pour en mesurer la valeur.
Cette pièce est un enchantement, un enchaînement d'émotions et de poésie, de jeux de mots qui nous touchent en plein cœur et nous transporte. Les comédiens ont un jeu à couper le souffle, un véritable coup de cœur !
Maria PARIZAT
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Comment J'ai Dressé un Escargot sur tes Seins
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Du 3 au 21 juillet 2024.
Tous les jours à 10 h 05. Relâche le lundi.
Théâtre Atelier Florentin, 28, rue Guillaume Puy, Avignon. De Matéi Visniec - Mise en scène et Scénographie : Serge Barbuscia - Musique Originale : Eric Craviatto - Avec Salvatore Caltabiano Voix off: Dorothée Leveau.
L’escargot, ce fameux gastéropode que l’on voudrait bien voir ramper sur les seins d’une belle femme, on le cherche. Et pourtant il emplit la scène, sous la forme d’une caisse représentant symboliquement la coquille. Et le personnage, l’amoureux vient souvent s’y réfugier et d’où il en sort par-devant, par-derrière, par en haut.
On voyage avec le comédien dans son délire amoureux. On reste scotché par la finesse, le surréalisme, la poésie du texte de Matéi Visniec, superbement proposé plutôt qu’imposé par le comédien Salvatore Caltabiano..
Serge Barbuscia, le metteur en scène avignonnais, fait dans la sobriété, l'authenticité, sans vouloir nous esbroufer.
Et en mêlant texte, voix off et musique, la magie opère au service de l’éternel dilemme : ouvrir ou fermer son coeur, ouvrir ou fermer sa coquille. On passe de l'émotion au sourire, et même au rire.
On adhère tout de suite à l’émotion, à la sensibilité d’un comédien qui sait faire partager ses états d’âme sans en rajouter.
Une belle réussite.
Marie DUFRAISSE
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STORMY WEATHER
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Stormy Weather de Thierry DELAIR au Festival off AVIGNON 2024 au Théâtre de l'ARRACHE-CŒUR : Salle Barbara , 13 Rue du 58ème Régiment d'Infanterie, 84000 Avignon du 2 au 21 Juillet 2024 à 19 H 30. Durée 1 H 15. Relâche les 9, 16 Juillet.
À peine entré dans la salle, des airs de jazz arrivent à nos oreilles, on s'installe discrètement, face à des musiciens en pleine répétition, se laissant aller au plaisir de l'improvisation. Un pianiste, un contrebassiste et un saxophoniste, tout à leur art. Leur plaisir et leurs liens amicaux sont palpables...
Stormy Weather, c'est l'histoire de trois musiciens de jazz réunis dans un salon pour une répétition en vue d'un enregistrement. On découvre dans cette pièce les coulisses de la création en jazz avec ses bons et ses mauvais moments, des rires, des coups de gueule.
Car en effet, des conflits musicaux et humains éclatent entre les trois musiciens, mettant en péril leur trio de 15 ans.
Toute l'originalité du spectacle réside dans l'utilisation de la musique, le jazz improvisé, comme support dramaturgique : le plaisir de créer est musical, la colère aussi, l'évolution de la relation des musiciens tout au long de la pièce s'exprime à travers la musique.
Nous voilà plongés dans le monde des jazzmen, dans ce spectacle théâtral tout autant que musical, les comédiens sont éblouissants tant par leur jeu d'acteur que par leur prestation musicale, l'ambiance est fougueuse, les dialogues animés, émotions et rire garantis !
Maria PARIZAT
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LE BARMAN DE L’ÎLE
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UNE FANTAISIE BLING-BLING
« Le barman de l’île » une pièce de Dan Harel, mise en scène par Bernard Bitan avec Pierre Jouvencel, Pierre Deny, Angelo Pattacini, Smadi Wolfmann, Bernard Bitan et Fabien Floris, à 13h10 au Théâtre des Brunes ( relâche les lundis). Durée du spectacle 1h10
Le 17 juin 1940, Charles de Gaulle s’endort épuisé par la rédaction de son discours. Lorsqu’il se réveille, il n’est plus dans son bureau mais dans le bar d’un île en compagnie de Victor Hugo, Napoléon, Bob Marley et Marlène Dietrich qui vont lui insuffler le souffle du lyrisme pour son Appel du 18 juin à la Résistance.
L’argument est bling-bling, son traitement aussi.
Les comédiens mettent toute leur énergie, allant jusqu’à surjouer, pour sauver cette fantaisie poussive sur une mise en scène aussi simpliste que le texte de l’auteur se perdant en quiproquos et jeux de mots pour faire de l’humour en gros sabots.
Bref, cette idée prétentieuse de revisiter l’histoire, façon Monty Python bas de gamme, est une guignolade qui a du mal à passer la rampe.
« Un spectacle assez croquignol », dirait Georges Brassens (dans sa chanson Hécatombe) qui était beaucoup mieux inspiré.
André BAUDIN
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HORS CLASSE
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« Hors classe » est un spectacle écrit et mis en scène par Bénédicte Bousquet et Mathieu Oliver, à 18h30 au théâtre Carnot (du 8 au 21 juillet). Durée du spectacle 1h15. Tout public.
Dans ce one-woman-show, « Béné », enseignante de maternelle, nous fait découvrir les joies de son métier et de la vie de famille avec des ados.
Avec un humour bienveillant et bien trempé, Bénédicte nous transporte dans son quotidien de maîtresse d'école : élèves perchés, parents en tout genre, sorties scolaires qui relèvent plus d'un parcours du combattant, collègues parfaits pédagogues mais horripilants à souhait.
Enseignants, nous nous retrouvons beaucoup dans chacune des situations évoquées et pour les non enseignants, cela permet d'avoir une vision très drôle « de l'intérieur » du monde de l'école.
Dans son rôle de maman, Bénédicte nous interpelle sur ses questionnements : ces ados qui grandissent tellement vite, qui n'ont plus les mêmes « réf », le décalage passé le cap des 12 ans, de Georges Brassens à Jul, aux discussions téléphoniques qu'il faut apprendre à traduire.
Un pur moment de plaisir, un spectacle ressourçant et plein d'énergie qui dédramatise le quotidien des enseignants et des parents d'ados, une grande générosité avec le public. Fou rire garanti ! On en redemande !
Maria PARIZAT
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« Frantz »
L’art de faire du bruit !
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jusqu’au 21 juillet à 10 h 10 à la Scala Provence. Relâche le 15 juillet
Cinq jeunes artistes, enthousiastes et dynamiques, aiment à faire du bruit sur scène, mais à faire de ce bruit un art, autrement dit une forme d’expression artistique au même titre que la danse ou le cinéma. Pourquoi pas ? Mais si la critique est aisée, l’art est difficile, et le résultat s’avère un peu décevant, entre effets sonores assourdissants et une mise en scène pas toujours maitrisée, parfois même foutraque. D’autant que les « bruiteurs » accompagnent, avec un clin d’œil sympathique mais audacieux, Frantz, le héros de l’histoire, qui n’est autre qu’un… mime, et un mime qui parle ! Bien connue est la répartie du présentateur de l’Alcazar de Marseille, à la belle époque, affrontant les sifflets d’une foule hostile : « taisez-vous, on n’entend plus le mime ! » C’est un peu le cas de notre gentil Frantz, au demeurant danseur élégant, parfois submergé par tous ces bruits près de lui. Cela dit, il est agréable de redécouvrir le bruitage, qui fit les beaux jours du cinéma d’antan, et il faut admettre que la reconstitution des bruits ordinaires et quotidiens à l’aide d’improbables instruments (appareils ménagers, bidons, outils divers et variés…) est fort réussie et spectaculaire. Mais, du coup, on s’intéresse moins à l’histoire de Frantz à la recherche du père absent, trop tôt disparu, et en quête d’amour, l’amour tout court. Malgré quelques beaux moments de poésie qui permettent à chacun d’y trouver une raison d’être content, selon que vous aimez le bruit de la ville ou le silence de la mer…
Bernard LASSEIGNE.
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LA LÉGENDE DU SERPENT BLANC
UNE HISTOIRE D’AMOUR D’UNE GRANDE BEAUTÉ GESTUELLE
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« La légende du serpent blanc » de Menglong Feng. Spectacle visuel en chinois avec voix off en français. Une création épique du Théâtre du Chêne Noir avec la Shanghai Théâtre Académie, mise en scène par Ying Xiao, avec Wen Fang, Ye Jin, Pengjie Li, Liwen Liang, Xiaojun Meng, Minghan Zhou. Adaptation théâtrale Julien Gelas, Ying Xiao, Haiqing Zhon . Direction artistique et musique, Julien Gelas, à 16h45 au Théâtre du Chêne Noir (relâche le 15 juillet). Durée du spectacle 50 mn.
« La légende du Serpent Blanc » est l’une des quatre grandes légendes chinoises. Le serpent Baï (« blanche », couleur incarnant la beauté en Chine) a acquis le pouvoir de se transformer en femme. Se rendant au lac de l’Ouest, réputé lui aussi pour sa beauté, Baï y trouve l’amour et se marie avec Xuxian, un apothicaire modeste ignorant tout de la vraie nature de son épouse. Offensé par cette union « contre nature », un bonze moraliste veut détruire cette union. Il faudra tout le courage et la force de Baï (enceinte) allant jusqu’au sacrifice, pour résister à l’intolérance.
Le théâtre du Chêne Noir signe ici une création épique avec la Shanghai Théâtre Académie. Six comédiens et danseurs illustrent cette histoire merveilleuse d’une grande beauté gestuelle extrême-orientale.
Mais il est bien connu que Julien Gelas donne toujours du sens à ses spectacles.
Cette légende est l’une des plus fortes histoires d’amour de la littérature.
Elle exprime le conflit entre la liberté d’aimer et la morale, surtout lorsque celle-ci incarne le pouvoir religieux avec ce moine éminent, interdisant de dépasser les normes.
Ce spectacle purement visuel est ouvert à tous les publics.
Il est compréhensible par tous.
Y compris pour ceux qui n’entravent rien au chinois !
André BAUDIN
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Quand De Gaulle hante Macron...
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« De Gaulle apparait en songe à Emmanuel Macron », fantaisie politique… Jusqu’au 21 juillet à 11h30 au Palace. Durée : 1 h 15. Relâche le mercredi 17 juillet)
Quel drôle de titre pour dire que Macron a tout simplement rêvé à De Gaulle ! D’ailleurs, ne nous dit-on pas, depuis 2017, que notre Président de la République « se prend » pour Mon Général ? Mais, l’auteur n’a pas menti en évoquant une « fantaisie politique », car derrière ce titre se cache en effet une fantaisie quasi onirique et politiquement très précise. Pourtant, l’affaire n’était pas simple : comment imaginer et interpréter deux personnalités, au demeurant si fortes et si compliquées ? Or, la meilleure et la plus amusante solution a été adoptée avec deux (superbes) acteurs sans complexe, plus vrais que nature ! L’un est morphologiquement fait pour jouer De Gaulle, rôle qu’il a connu par ailleurs, l’autre, doté d’un profil macronien n’eut qu’à renforcer les sourcils et s’affubler de longs favoris pour s’installer dans la silhouette présidentielle …
Encore fallait-il donner âme et caractère à ces deux clones de théatre ! Fallait-il aussi éviter la caricature et respecter l’Histoire. Pari réussi, grâce à une belle écriture de dialogues, une juste analyse des situations au fil du temps, permettant une subtile confrontation entre le passé (le vécu de De Gaulle) et le présent (le « mal vécu » de Macron). Lentement mais sûrement, nous vérifions la finesse de la vision gaulliste opposée au sempiternel « en même temps » macronien, l’un expliquant, sans modestie, à l’autre, la grandeur de la France et la valeur de l’héritage qu’il lui a laissé, dont Macron n’a pas fait bon usage. « Avez-vous dit au peuple que vous l’avez compris ? » demande tout à coup Mon Général à notre jeune Président bien embarrassé pour répondre… Bref, une simple leçon d’Histoire et de géo-politique, teintée d’un humour gaullien, qui pourrait être au programme de notre Education nationale entre collège et lycée.
Bernard LASSEIGNE
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FAUT-IL SÉPARER L’HOMME DE L’ARTISTE ?
LE DÉBAT EST OUVERT !
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« Faut-il séparer l’homme de l’artiste ? » de Etienne Gaudillère et Giulia Foïs, mis scène par Etienne Gaudillère, avec les comédien-nes Marion Aeschlimann, Etienne Gaudillère, Astrid Roos et Jean-Pierre Salério, à 12h05 au Théâtre des Carmes André Benedetto ( relâche le 16 juillet). Durée du spectacle 1h30.
Standing ovation ! Les spectateurs ont salué avec enthousiasme non feint ce spectacle remarquable conçu par Etienne Gaudillère et Giulia Foïs. Il faut dire qu’il a démarré très fort avec un sondage des spectateurs à propos du viol et des violences sexuelles. Ces derniers ont dû répondre en levant la main à des questions perfides et terriblement gênantes du genre : qui d’entre vous a déjà été violée ?
Entre aveux arrangés et petits mensonges dissimulés, on entre ainsi dans le vif du sujet : « Tu es comédienne, tu rêves de cinéma, tu galères un peu et un jour, tu reçois une proposition pour le rôle de tes rêves. Le réalisateur, c’est Roman Polanski. Tu fais quoi ? »
Alors que #MeToo libère des milliers de témoignages et que les artistes tombent comme des mouches sous les accusations d’agression sexuelle, que faire de cette question : faut-il séparer l’homme et de l’artiste et que faire des œuvres de Louis-Ferdinand Céline ou d’autres écrivains et artistes qui se sont vautrés dans la collaboration avec les nazis et l’antisémitisme – coucou, Maréchal, les revoilà qui montrent leur nez – ou encore dans la luxure ?
Fidèle à son exploration de la scène médiatique et cinématographique, le metteur en scène Etienne Gaudillère redessine avec ce débat intelligent, apaisé et fondé, loin des procès à charge d’une morale manichéenne qui frise l’intolérance, les contours de notre histoire de l’art en délogeant avec finesses et efficacité les « grands hommes » de leur piédestal et faisant naître parallèlement l’histoire d’un éveil politique. Chapeau l’artiste !
André BAUDIN
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Un chapeau de paille d'Italie
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Chapelle des templiers, au petit Louvre, jusqu'au 21 juillet, relâche le 15 juillet . A 11h50, durée 1h15 - comédiennes et comédiens : Sarah Fuentès, Mélanie Le Duc, Emmanuel Besnault, Guillaume Collignon,Victor Duez
Qui pourrait imaginer en sortant de ce "chapeau de paille d'Italie" que la pièce de Labiche a 150 ans et pas une ride ? Incroyable mais vrai, je vous conseille d'aller vérifier...
Tout est fou dans cette incroyable adaptation/déformation/amplification de l'original.
La mise en scène est sortie d'un esprit créatif maxi-dosé. Et qu'est ce qu'on s'amuse ! c'est un mélange de clowneries, de parodies où la scène couverte de matelas d'oreillers, de couettes et de coussins permettent les chutes, les pirouettes, les cabrioles. Les matelas deviennent portes ou moto, selon les besoins. Il y a de l'énergie en veux-tu en voilà, dans un contexte complètement déjanté, un comique de répétition irrésistible : "mon gendre, tout est rompu" lancé par une belle-mère foldingue à-fort-pouvoir-comique
J'ai mis une dizaine de minutes à "rentrer" dans ce jeu tant la surprise était grande mais on devient vite Alice de Lewis Carroll.
Vous avez dit, interactivité ? On se plaît à jouer avec les comédiens qui opposent les côtés droit et gauche des spectateurs, pour une bagarre de peluches. Et ça marche....
Une de mes scènes préférées ? la parodie d'une bagarre, copie drôlatique d'un western/spaghetti.
Mais pas que ! Labiche est plus que dépoussiéré, il est paroxystique.
Les acteurs sont tous épatants mais j'ai eu un fichu coup de cœur pour Sarah et pour Guillaume. Comme à l'école, on a ses chouchous.... ce qui n'enlève rien aux autres !
Grincheux, amateurs du classique bien ringard, abstenez vous
Venez retrouver votre âme d'enfant et remplacez les bagarres d'oreillers par des lancers de peluches :
J'ai dix ans
Je sais qu'c'est pas vrai mais j'ai dix ans
Laissez-moi rêver que j'ai dix ans......
MARIJO
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Un cadeau particulier
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Au théâtre Barretta place St Didier, à 12h20, durée 1h25, relâche les 14 et 21 juillet.Comédie de et avec Didier Caron,Karina Marimon et Christophe Corsand
Eric est tout heureux de fêter ses 50 ans avec son épouse et Gilles son meilleur ami et associé. Il déteste les grands comités, ils ne seront donc que 3 pour l'occasion
Eric décide que les cadeaux seront offerts avant de passer à table... Et là, tout part en biberine.
A l'ouverture du cadeau de Gilles, on sent bien que la soirée va tourner au vinaigre, que des règlements de compte vont se faire et qu'elle ne sera pas celle, conviviale, espérée !
Eric, à la forte personnalité, est une sorte de dictateur auquel son épouse et son ami sont quotidiennement confrontés. Sa mauvaise foi est sans limites.
Le cadeau de Gilles va être l'élément déclenchant d'une soirée, a priori festive, mais qui va vite se détériorer. C'est drôle, vif, enlevé. L'écriture provoque des surprises à tire larigot. On rit beaucoup, les acteurs sont excellents
Mais allez vous-mêmes découvrir quel cadeau Gilles a offert à son futur-ex ami
On s'amuse beaucoup avec des situations bien proches de la réalité. C'est un éclat de rire qui monte en puissance tout au long de la pièce. Allez vous divertir avec les 3 excellents comédiens mais ne dévoilez pas quel cadeau Gilles a offert à Eric !
Didier Caron a écrit un texte percutant, enlevé, imaginatif qui va de rebondissements en catastrophe. Les règlements de comptes prennent vite le pas. On s'amuse beaucoup et on rit plus encore. On ne voit pas le temps passer . Allez vous divertir avec eux mais ne dévoilez pas quel est ce fameux "cadeau particulier"
MARIJO
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APRÈS LE CHAOS
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LE RÉCIT D’UNE FEMME DÉVASTÉE
« Après le chaos » d’après le texte de Elisabeth Gentet-Ravasco, mis en scène par Stéphane Daurat, interprétée par Véronique Augereau à 15h05 au Théâtre des Corps Saints. Durée su spectacle 1h10.
Une mère apprend l’impensable : son fils est mort dans une fusillade de masse. Et c’est le drame absolu lorsqu’elle est informée par la police que le meurtrier de cette tuerie n’est autre que son propre fils !
Comment surmonter une telle tragédie ?
Anéantie, elle va devoir survivre avec, et d’abord faire face au quotidien : garde à vue, insultes répétées au téléphone, problèmes familiaux, honte et remords de ne pas avoir vu et anticiper la descente aux enfers de son propre fils.
Il lui faudra traverser toutes les épreuves en pensant également aux autres mères dont les fils ont perdu la vie, par sa faute, lors de ce massacre qui a fait plusieurs dizaines de victimes.
La comédienne Véronique Augereau, seule en scène avec pour seuls partenaires projections vidéo, lumières et musique originale, est poignante d’authenticité dans l’interprétation bouleversante du récit de cette femme dévastée. Elle termine la tragédie en larmes et le public est sous le choc de l’émotion, tant le sujet vous met mal à l’aise.
Mais c’est tout l’honneur du théâtre que d’aborder aussi ce genre de sujet difficile.
Ce texte de Elisa Gentet-Ravasco, publié aux Editions L’Agapante est lauréat de l’Aide à la création de textes dramatiques.
André BAUDIN
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UN POUR TOUS
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Au théâtre Archipel, jusqu'au 21 juillet, relâche le 16 juillet, à 15h25, durée 1h15,
Pièce écrite par Mathieu Peralma, mise en scène par Eric Savin
Avec Amandine Chatelain, Morgane Delacour, Fabien Desvigne, Ronan Hebmann, Justine Marçais et Mathieu Peralma
Ah, les copains, c'est souvent eux qu'on préfère à la famille surtout quand on a acquis son indépendance, après le lycée, après la fac. Et quel que soit le motif, on trouve toujours un prétexte pour se réunir une fois par an.
Nos protagonistes n'échappent pas à la règle et voilà que la réunion festive tourne au vinaigre, pour le plus grand bonheur des spectateurs : c'est jouissif car une situation en entraîne une autre,
On rit beaucoup, souvent même aux dépens des personnages dont les travers, les mensonges font naître des moments irrésistibles. Clotilde, la maîtresse de maison, passe du rire aux larmes, de la séduction à la fureur. Julie a tellement travaillé son rôle d'aveugle qu'on se demande si elle ne l'est pas vraiment
Tous les thèmes de société sont abordés, avec légèreté et un poil de cynisme. On rit, des travers et des défauts dans lesquels on se retrouve tous un peu. Les règlements de compte se succèdent et les grains de sable font grincer la machine
Les dialogues sont percutants, un peu vachards : "tu dragues aussi bien que tu marches"lance l'affreux jojo au handicapé en fauteuil ou"va voir ton aveugle pour la faire brailler"
Pas une seconde pour reprendre son souffle, le rythme est enlevé, bref un bonheur à ne pas manquer
Et puis, n'oubliez pas de réserver, la salle était pleine quand j'y suis allée
MARIJO
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Ma vie de ténor…
8
...est un roman qui m'intéresse beaucoup !
Qui a-t-il de commun entre les Deschiens, Berlioz et Pavarotti ? Au demeurant pas grand-chose. Et pourtant ils cohabitent subtilement dans le spectacle « Ma vie de ténor... » présenté par la Compagnie de l’Autre Voie au théâtre de la porte Saint-Michel à quatorze heure, sauf les lundis, mis en scène par Olivier Broche (voilà les Deschiens !), adaptation d’une nouvelle du grand Berlioz (qui était aussi écrivain), avec la pianiste Lucie Moulis puis Ayaka Niwano et (voilà Pavarotti), Jean-François Novelli dans le rôle du ténor qui se la joue.
Il est vrai que l’Opéra, c’est le ténor qui veut se taper la soprano, mais le baryton - souvent le cocu de l’histoire - se met en travers et la basse règle les problèmes de façon généralement expéditive...
Novelli, avec talent, campe ce ténor que l’on a l’habitude – vrai ? Fausse? - de considérer comme vaniteux, imbu de lui-même, paon pavanant queue épanouie pour séduire, en imposer, s’imposer. Mais non, ils ne sont pas tous comme ça !
D’ailleurs, dans le spectacle, le ténor commence par...jouer de la flute ! Pas très bien d’ailleurs. Il largue alors son sucre d’orge et nous raconte avec humour, tendresse et de vrais talents de comédiens sa vie de ténor, découvert évidemment, comme Alagna par...Pavarotti ! Tè, le revoilà cet incontournable !
Se succèdent alors des chansons napolitaines, de Santa-Lucia à Funiculi, du Tchaïkovski, du Bizet littéralement « exécuté » avec un talent humoristique désopilant par Novelli.
Salut l'artiste! On en redemande.
Alexis BEVILACQUA
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"L’Épreuve"
7
de Marivaux à La Scala, à 13h40. Durée 1h20. Relâche le 8 juillet. Mise en scène de Robin Ormond.
Comédiens et comédiennes : Sanda Bourenane, Vincent Breton,Nicolas Chupin, Olivier Debbasch,Yasmine Haller, Alexandre Manbon,Séphora Bondi
J'étais partie pour voir une pièce des plus classiques,
Écrite par un auteur des plus classiques, Marivaux, parfois jugé superficiel !
Les costumes, la musique, le cadre nous emmènent bien loin du 18ème siècle, mais ça c'est la règle du jeu
Ce qui l'est moins c'est que l'adaptation et la mise en scène sont nées d'un mélange pour le moins surprenant de 2 pièces de Marivaux, au point de se demander si on ne s'est pas trompé de salle.
Deux pièces en une : l’Épreuve et la Dispute
Franchement quand on n'est pas prévenu, on est surpris et pour tout dire, perdu. Difficile de voir le lien entre ces enfants (on apprend qu'ils sont 4) élevés dans l'isolement le plus total et ces adultes à la recherche de l'amour, la sécurité, la remise en question de leurs certitudes et de leurs doutes.
Ces 4 enfants devenus des adultes "boiteux" par manque de connaissance, d'amour, de vérité, de sincérité veulent connaître TOUT ce dont ils ont été privés. Ils sont jetés dans un monde de doute, de mensonges, d'incertitude, de tromperies et plus encore
Finalement, plutôt que "l'Épreuve", c'est la Dispute que j'aurais aimé voir.
Les actrices sont tout en finesse, les acteurs convaincants
Ce n'est pas un spectacle "facile" mais avec ces précautions d'usage, vous pouvez passer un moment sinon de détente au moins d'approche philosophique sur la VIE , avec le meilleur et le pire.
MARIJO
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LE JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE
UN JEU DE MASSACRE JUBILATOIRE
6
« Le journal d’une femme de chambre » de Octave Mirbeau, mis en scène par Nicolas Briançon, assisté de ElenaTerenteva, comédienne Lisa Martino, à 10h30 au Théâtre du Chêne Noir (relâche 8 et 15 juillet). Durée du spectacle 1h20
Le journal d’une femme de chambre est un des plus grands textes d’Octave Mirbeau.
Le génial auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère pour se livrer à un véritable jeu de massacre jubilatoire. Il chamboule tout avec un humour féroce !
Son héroïne, Célestine, sublimement interprétée par Lisa Martino sur une mise en scène très élaborée de Nicolas Briançon pour un « seul en scène », est une jeune parisienne embauchée comme domestique chez des notables de province.
Dans sa confession, elle démonte allègrement le système et sa morale bourgeoise avec une sensualité sauvage, un érotisme lancinant et une volupté enivrante.
Elle va bien au-delà de l’hypocrisie d’une société toujours contemporaine qui cache sa crasse sous les tapis.
Octave Mirbeau serait-il un visionnaire ?
Pour le metteur en scène, c’est l’humanité dans sa solitude et ses paradoxes confinant parfois au pire, qui transpire dans cette critique sans concession terrible et cocasse qui nous touche au cœur, ainsi qu’à celui du public qui lui a réservé une standing ovation en ces temps de crise où les blés sont sous la grêle.
André BAUDIN
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CHANGER L’EAU DES FLEURS
CROIRE AU BONHEUR
5
« Changer l’eau des fleurs » d’après le roman de Valérie Perrin, mise en scène de Mikaël Chirinian et Salomé Lelouch, avec Ludivine De Chastenet, Mikaël Chirinian et Morgan Perez, à 10 heures au Théâtre du Chêne Noir (relâche 8 et 15 juillet). Durée du spectacle 1h15.
Violette est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Son quotidien est tranquille. Il est rythmé par son travail et les confidences des habitués et des gens de passage, en marge des turbulences du monde des vivants. Mais l’arrivée d’un homme à la recherche de la tombe de sa mère qui a voulu être enterré auprès d’un inconnu, va le faire basculer. Entre eux, des liens unissant les vivants et les morts vont être exhumés. Et l’histoire finalement intense de cette femme qui, malgré les épreuves, croit obstinément au bonheur, prendra une autre tournure dans le calme reposant de ce petit cimetière de province où elle vivait en harmonie avec les défunts.
Après le succès international du roman éponyme de Valérie Perrin, auréolé en librairie (Prix des lecteurs du Livre de Poche, Prix Jules Renard, Prix de Maison de la Presse), cette pièce portée par une mise en scène subtile, pleine de trouvailles sur les airs nostalgiques des chansons immortelles de Charles Trenet, est une sorte d’hymne au bonheur.
Un bonheur ressenti et partagé par le public qui quitte ce spectacle touchant le cœur en fête après l’avoir ovationné.
André BAUDIN
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MAISON CLOSE, chez Léonie
4
De Agnès Chamak et Odile Huleux avec Ariane Carmin, Agnès Chamak, Fabien Floris, Montaine Frégeai, Maroussia Henrich, Taos Sonzogni, chorégraphie, Alix Mercier,costumes Axel Boursier, musique Frank Lebon et Odile Huleux
DURÉE 1H30 Du 3 au 21 juillet - Relâche les mardi 9 et 16 juillet
Théâtre des Corps Saints
76 Place des Corps-Saints
Tu montes chéri ?
Le cochon qui, en chacun de nous sommeille, m’a dit : « Allez, zou, Victor, on va au bordel ? » Il est vrai que le titre de la pièce de Agnès Chamak et Odile Huleux faisaient remonter à ma mémoire des moments glauques d’une époque où les « maisons closes » - c’est le titre de la pièce, abondaient à Avignon.
Rue de la Bourse, l’Île de Beauté, le Lotus, Extase, le Rialto, rue Joseph Venet, le nec plus ultra, le Beausoleil, chez Mado Langue-de-velours… Bien des boutonneux ont été inaugurés par des dames à la cuisse hospitalière.
Mais derrière ce folklore, le sale boulot de femmes forcées à vendre ce qu’elles ont de plus précieux, de plus intime, leur roseraie… Pour engraisser la cyrhose de la plus sale engeance qui existe, celle des maquereaux, des proxos.
Bref, vous avez compris que je ne les aiment pas les barbillons de pissotière.
Alors le gentil bordel de Madame Léonie, un claque parisien du XIX° siècle, et ses sympathiques « marchandes de bonheur », c’est bien en tant que sujet de pièce de théâtre, mais dans la réalité, c’est autre chose…
Les petites putes de chez Léonie ont donc de l’humour, du culot, la parole imagée sans oublier des formes avantageuses. Elles nous ouvrent leur cœur, elles qui sont plus habituées à ouvrir autre chose, outre les braguettes des mâles en mal d’amour.
Elles déballent les turpitudes des tracassés du calbar, les violences qu’elles subissent, mais aussi leurs rêves bleus ou roses de liberté, et même d’Amour avec un grand A.
On vous aime, gentilles demoiselles !
Pièce rondement menée par des actrices et acteur pénétrés par leur rôle (mais pas que...). Des chorégraphies rythment ce spectacle envoûtant, sublimant les corps et l’intrigue sur une musique originale.
Allez vite chez Léonie (vous pouvez même mener votre régulière) avant que la Maison ne soit Close.
Jean Victor JOUBERT
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"CELLE QUI NE DIT PAS A DIT" : LE RETOUR
3
Après son succès au Festival l’an dernier, la pièce « Celle qui ne dit pas a dit » est de retour à 14h05.
au Théâtre des Lilas’s
8 rue Londe
Avignon
Retrouvez ou découvrez Sarah Pèpe, l’autrice de cette pièce géniale, pépite du Festival 2023, avec ses deux complices Sonia Georges et Mayte Perea Lopez dans cette exploration des identités à travers la parole. Un enthousiasmant trio pour illustrer le pouvoir et la liberté que confère la maîtrise du verbe.
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JE SERAI TOUJOURS LÀ POUR TE TUER
UN PIED DE NEZ À LA MORT.
2
« Je serai toujours là pour te tuer », une comédie de Sophie Tonneau, mise en scène par Sophie Mayer, avec Sophie Tonneau et Yves Comeliau à 15h50 à Alya Espace
( relâche les 8 et 15 juillet) Durée 1h10.
Portée par une écriture moderne et originale, cette histoire d’amour de Sophie Tonneau est une sorte de thriller d’une drôlerie emprunte de fantaisie.
Certes l’humour est noir, mais il est aussi so british dans cet univers morbide où l’on navigue entre Shakespeare et les Monty Python.
La mise en scène est simple, efficace et les deux comédiens, dont l’auteur ou l’autrice (au choix) sont épatants.
Jusqu’à la conclusion de cette pièce qui est une véritable pied de nez à la mort.
Elle est à l’image d’Helen qui s’est retirée à la campagne où elle se morfond. Elle engage alors Simon, voyageur au long cours, pour s’offrir une mort de luxe, avec un tueur. Mais sans souffrir. Marché conclu. Lui n’a qu’à rester à ses côtés, la laisser vivre quelques temps puis la tuer, sans prévenir, un jour, avant l’automne.
La vie, la mort ne sont-ils pas simples comme une parole donnée ?
Pas si sûr que çà, car Helen flanche. Et la voilà qui cherche à gagner du temps. A négocier, à jouer à être amis avec son tueur. « Laisse-moi une semaine, je crois que je ne suis pas encore assez détendue pour mourir ».
Puis le temps passera, la vieillesse arrivera et le couple, finalement, s’éteindra tranquillement jusqu’à ce que mort s’en suive...
Pendant que le public quittera le théâtre avec la banane et une envie folle d’être heureux sans tarder !
André BAUDIN
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"ANGÈLE"
des larmes au rire…
1
« Angèle », libre adaptation du film de Marcel Pagnol et du roman de Jean Giono. Jusqu’au 21 juillet à 10 h au théatre des Carmes (relâche les 9 et 16 juillet)
Le Cartoun Sardines théatre, une troupe marseillaise comme en fait plus, avait déjà triomphé à Avignon en 2022 avec « Angèle ». Les voici de retour, ces six comédiens, acrobates du verbe et du rire, qui manipulent et triturent un humour burlesque, dont on peut dire qu’ils sont à la fois improbables, baroques, perchés, déjantés, fantasques, inclassables, surréalistes !
Car transformer « Angèle » modèle éternel de tragédie rurale d’un autre temps, marquée par la poésie descriptive de Giono, en farce contemporaine est en effet un peu culotté et surtout fort risqué ! Mais il y a, au théatre comme au cinéma, des metteurs en scène qui ont des idées et du talent, telle la performance consistant à bouleverser la narration de cette bien triste histoire de fille pécheresse en un tournage de cinéma comique. On ne vous en dira pas davantage, pour vous laisser intact le plaisir de savourer une rafale de 90 minutes de rigolade, entrecoupée de quelques beaux instants d’émotion… Et même si Giono serait probablement surpris de cette adaptation débridée, il faut voir à tout prix l’Angèle du Cartoun Sardines, incontournable spectacle du Off 2024 !
Bernard LASSEIGNE.